Prendre par la via Garibaldi était absurde, me disais-je, carrément idiot. Je connaissais cent trajets qui m’eussent mené plus directement dans la direction de Villa Marina. La via Garibaldi en revanche me ramenait un peu au-delà du vieux port. Mais ensuite, il n’est pas possible de poursuivre par le littoral : il faut contourner par le haut le promontoire de la citadelle.

Pour récupérer mon chemin, je devrais donc gravir ce long escalier à flanc de falaise, pousser jusqu’au sommet de la citadelle, puis m’enfiler tout le boulevard Amendola pour redescendre sur le Lungomare de Salivoli. C’est idiot, me répétais-je, dément par cette chaleur et je vais suer, flairer, comme une aisselle de bœuf avant d’avoir accompli le dixième du trajet.

Mais, au bout d’un moment, qui a envie de n’emprunter que des chemins balisés, de faire, de dire systématiquement tout ce qu’on attend que l’on fasse ou dise ? Bonjour Madame ! Comment allez-vous ? Et votre chère maman ? Respect des usages. Régulation des comportements. Le brin de muguet au premier mai. Les vœux de Noël et de Nouvel an au moment adéquat. La cravate, le petit tailleur au boulot. Les cheveux coupés, peignés, les ongles propres. L’identité dans la simagrée et le brossage dentaire. Oh ! Pardon ! Toutes mes foutues condoléances !

Non mais, d’accord ! Je me répands, je m’emballe. Et l’extravagance de mon détour rallongera mon périple d’un bon kilomètre au soleil.

Je tenais à la via Garibaldi cependant. J’y tenais comme on tient à la musique, à la couleur. Il y a, depuis mon adolescence, des temps gris, des jours humides, là-haut dans le Nord, où c’est ici que je veux m’imaginer. Non sur la plage ou même dans les collines, mais dans cet espace citadin qui, comme moi, emmerde les normes et les insignifiances de ce monde sans extravagance.

Lorsque j’étais adolescent, mes tantes me répétaient sans cesse de ne pas traîner dans le vieux Piombino, d’éviter tout particulièrement la via Garibaldi. Je n’ai jamais trop compris ce qu’elles reprochaient à la via Garibaldi. « C’est plein de délinquants et de putains, faisaient-elles. Traîne pas par-là, c’est tout ! – À moins que ça te gratte et que tu cherches la putain », se marraient mes oncles. Ça me faisait marrer, moi aussi. En somme, j’avais grandi dans la grande ville, arpentais tous les jours un monde où un homme pouvait se faire arracher la carotide pour un ticket de métro. Et mes tantes s’alarmaient à l’idée que je ne côtoie les deux pickpockets et les trois gagneuses du patelin. A Piombino, ils n’avaient même pas encore inventé le hold up à l’époque.

J’avançais, fouillant mes souvenirs, savourant les derniers moments de cette journée de canicule et de solitude à Piombino. Le soleil déclinant tirait des façades une ombre rousse. Les rares passants de la via Garibaldi se logeaient dans l’ombre. De petits éclats de voix, des gémissements, des rires raisonnaient à mon passage derrière les persiennes.

A présent, ma mère, ma sœur et mes frères étaient sur le trajet du retour, me disais-je. Si cet avion a atterri à l’heure à Pise, ils filent peut-être déjà sur la Principessa, la route qui mène tout droit à Piombino. Ensuite, ils atteindront Villa Marina et la maison de ma tante Norma par les hauteurs. Embrassades et larmes. Sourires. Soupirs. Longues, tristes étreintes encore, agitées de reniflements, de sanglots. Moi, je visualisais la scène. Je connaissais déjà le script et je ralentissais le pas, via Garibaldi.

J’aurais voulu ne pas être là au moment des retrouvailles. Aux abonnés absents, au moment où tout le monde sanglote et se répand. Mon père, me disais-je, détestait ce genre d’effusions. Tel que je le connais, il aurait tout tenté pour éluder ce rituel. Etait-ce un alibi convenable ? Bien sûr que non. Mon père aurait été le premier à me dire que ma place était auprès de la famille. Et puis, zia Norma s’inquièterait forcément de mon absence : « Mais Marco ? Il n’est pas avec vous ? » Quelqu’un lui dirait que je suis resté à Piombino. « Evidemment, ferait-elle. Toujours dans sa bande, celui-là ! » J’encadrais la tirade et je remettais le turbo pour la détromper.

Il fut un temps où j’aurais inventé n’importe quoi pour échapper à la famille. Non que j’aie eu quoi que ce soit à reprocher à ma propre famille : j’eusse été disposé, je crois, à argumenter contre le darwinisme et la sphéricité de la terre si cela m’eût permis de désavouer tout ce qui agite de la normalité et de l’appartenance. J’étais punk un jour, adepte de Krishna et du non-agir le lendemain. J’accumulais sans les creuser les identités de repêchage. Tout était bon qui ne m’impose pas une personnalité trop convenue et me permette de provoquer gentiment mon entourage.

J’étais adolescent. Un môme semblable à tous les mômes autour de lui, taillé dans le même moule, formaté aux mêmes révoltes, traçant, beuglant, remuant du vent dans la grande ville grise et parfaitement assimilable par celle-ci. Mais lorsque je ramenais ma dégaine citadine dans la provinciale Piombino, je ne passais plus du tout inaperçu : ç’avait des allures de Pistols gerbant la valse et le chacha, de Jimmy Rotten dégommant Bambi à coups de pompes.

Alors, j’aimais déjà Piombino, la Toscane et, par-dessus tout, la vie que l’on menait dans les collines. J’aimais me retrouver là chaque année et m’y gratter des raisons d’être. Mais les mots qui me venaient pour le communiquer à mes proches avaient des relents de sarcasmes et d’insolence.

Zia Norma et Sergio, son mari, habitaient via Fiume à l’époque, à trois pas du centre historique. Je squattais leur canapé-lit plusieurs fois par an. Je me levais tard, trainais la plus grand part de la journée à ne rien faire. Zio Sergio, tous les matins, râlait en m’accueillant dans la cuisine. « Mais ça rime à quoi de venir en Italie si tu traînes au lit toute la journée ? – Au moins, va te balader un peu, embrayait zia Norma. Allez, file ! Hors de nos pieds ! Mais ne traîne pas du côté de la via Garibaldi. » Je quittais en pestant l’appartement de Norma et Sergio et c’était pour me pointer illico dans celui d’Elina et Marcello, qui logeaient deux rues plus loin. Marcello, de son côté, s’amusait beaucoup de mon adolescence.

« Que feras-tu aujourd’hui ? », me demandait-il, en me voyant débarquer. Rien. Juste envie d’être seul. Autonome. Marcello gloussait : « Et toi, c’est normal, quand tu veux être seul et autonome, tu débarques chez les gens à l’heure du repas. – ‘Iammo, si magna, on mange », s’écriait très opportunément ma tante Elina. Nous nous mettions à table. Ma tante m’interrogeait à son tour. « Que comptes-tu faire après manger ? » Eh ! Toujours cette foutue question ! « Rien, répondait Marcello. Il veut être seul et autonome. Après ce repas, il autonomise aussi la pasta asciuta. » Je ricanais, façon « je vous montrerai, je vous ferai voir à tous ».  Et Marcello en remettait une couche : « Oh Lina ! Faudrait que tu files un serre-tête au môme. Il a déjà autonomisé le coiffeur et je ne voudrais pas qu’il autonomise aussi mon assiette en cherchant la sienne. »

Après cependant, Marcello prenait une cigarette et me racontait sa guerre : comment ses camarades partisans et lui avaient botté les miches aux fascistes et traqué les nazis dans la plaine. Et là, je ravalais ma morgue. Je me logeais dans un fauteuil, demeurais coi, béat. Ou alors, prudemment d’abord, quasi sans y toucher, je me rêvassais – sub-commandante Marco – dévalant les collines à la tête de la Brigata Garibaldi. Puis, je me déboutonnais, je m’exaltais. Et je me visualisais sans plus aucune pudeur : dégommant toute la foutue clique nazi-fasciste, les chassant de la surface de la terre, les anatomisant au lance-flammes.

« Eh ! Oh ! Sveglia ! Réveille-toi ! », faisait Marcello. Je redescendais en piqué de mon nuage de frime, regardais mon oncle, surpris. « J’ai des choses à faire maintenant. Va voir ailleurs ! », disait-il. J’étais furieux d’abord. Ensuite, je me sentais comme un môme surpris à se tripoter sous la couette. Je récupérais ma parka à l’entrée, prenais la porte. « Traîne pas via Garibaldi », me lançait ma tante dans les escaliers. Je me jetais plein de rancœur et de stress dans l’air moite et prenais illico la direction de la via Garibaldi.

Bon. C’est confirmé : ce n’est pas un hasard si je me suis mis à penser à mon adolescence en pressant gentiment le pas, via Garibaldi.  Mais, à vrai dire, je n’ai jamais eu besoin de prétexte pour exprimer ma nostalgie de l’adolescence. Aujourd’hui – tranquillement, sans plus chercher ni la provocation, ni le conflit – j’ai admis depuis longtemps que rien de ce que l’on peut penser, dire ou accomplir à l’âge adulte n’aura jamais plus d’épaisseur ou de sincérité qu’une rébellion adolescente. J’ai admis qu’une raison de s’exalter ou de se rebeller à l’adolescence devrait demeurer une raison de s’exalter ou de se rebeller à l’âge adulte.

Il n’y a qu’un pas de l’apaisement à la résignation, mais je n’ai jamais voulu être apaisé. Je n’ai jamais voulu me dire : ok, c’est bon ! T’es grand maintenant, tâche de filer droit. Je n’ai jamais voulu encaisser tout ce qu’on se doit nécessairement d’encaisser en devenant adulte : l’impossibilité de partager ce qui nous hante. L’impossibilité d’atteindre l’autre. L’impossibilité de lui dire vraiment la douleur, la mélancolie, l’enthousiasme, et qu’il comprenne. L’impossibilité d’embrasser ce qui l’anime de son côté. L’impossibilité de mourir et de laisser mourir sans que ça ne change rien, sans jamais savoir s’il eût existé pourtant un moyen, une recette magique, une formule secrète, pour échapper tout de même à la solitude.

J’en étais là de mes réflexions : je triais, je brodais, j’enjolivais sans honte tout ce qui m’évitait de songer aux retrouvailles chez zia Norma, lorsque cette femme m’accroche avec un large sourire. « Ciao ! », elle me fait. Un brin de timidité, mais résolue à me pourrir le chemin quand même. Je passe mon tour, l’esprit ailleurs. Vingt mètres plus tôt, ce type m’avait déjà collé en me demandant si j’étais prêt à soutenir le sport à l’école. Moi, je suis prêt à soutenir la littérature, la musique et la poésie à l’école, mais personne ne me le demande jamais. Celle-ci, je ne sais encore ce qu’elle vend, mais je ne suis pas curieux : je trace sans relever la tête. « Mais tu ne me reconnais pas ? », s’émeut-elle.

Je fais un bref arrêt sur l’image : s’il y a des choses à reconnaître, il me faudra bien creuser un peu. Je ne fais ni oui, ni non. Je creuse et je ne trouve pas. « Valeria », qu’elle pousse. A priori, ça ne m’éclaire pas davantage. Mais c’est plus fort que moi : avec tout ce qui frémit et pétille dans ce grand sourire, je me ferais l’effet d’une brute si je ne lui répondais pas bêtement : « Ciao ! Comment vas-tu Valeria ? » Là-dessus, je cherche déjà le prétexte, le moyen de poursuivre mon chemin. Mais elle pose une main sur mon coude. « Tu sais, je repensais à toi récemment. » Et me voilà contraint d’approfondir.

Valeria ? Je revois bien une Valeria finalement. Ça se passait au siècle dernier : nous filions tous les deux sur la vespa de mon oncle Sergio. Valeria m’avait dit : « emmène-moi, allons nous promener sous la pinède. » Qu’avons-nous fait sous la pinède ? Nous nous sommes promenés, nous avons rejoint des amis et nous avons fait un feu sur la plage. Et puis quoi ? La nuit tombait et Valeria s’est baignée. Après ? « Tu avais les cheveux vachement longs à l’époque, dit-elle, j’ai revu les photos que nous avons faites. »

D’accord. Elle a vu les photos. Mais ça ne prouve rien. Ma Valeria devrait tracer dans les quarante berges à présent. Celle-ci en affiche une trentaine à tout casser. Jolie fille, un kilomètre de jambes. Non décidément, vous vous trompez de bonhomme, signorina. Mais la voilà qui se met à babiller. Je n’écoute pas trop. Je songe encore au moyen de m’arracher. Puis, je réalise qu’elle m’a appelé deux fois au moins par mon prénom. Et si c’était ma Valeria tout de même ? Bien sûr que non. D’accord, mais si c’était elle tout de même ? Personne ne devrait avoir le droit de débouler, tout beau, tout frais, du passé comme ça.

« Ecoute, tranche-t-elle. Voyons-nous demain. » Je pense d’abord : pour quoi faire ? Je lui réponds : demain ? Impossible ! Je ne serai pas à Piombino. « Après-demain alors ? Tu m’offriras des bombolloni au mercatino. » Des bombolloni ? Valeria devait savoir à quel point j’aime les bombolloni. Ceux du marché de Piombino, servis tout chauds et saupoudrés de sucre vanillé, me rendraient carrément fou. « Alors ? », fait-elle. Je vais voir ce que je peux faire, que je lui largue. « Ne m’oublie pas ! », qu’elle me répond avec un petit rire aérien.

Je lui fais un signe aimable avec la main et je reprends mon chemin. Dix mètres plus loin, j’y repense mine de rien. Tu la mets où, l’extravagance, sur ce coup-là ? En as-tu assez  pour te pointer à ce rendez-vous improbable ? Mais non. Je n’ai pas la tête à ça. Pas envie de m’éparpiller maintenant. Je note dans mon petit carnet mental : « Mercredi. Mercatino. A éviter absolument. » Je clôture, mais j’y reviens déjà, ajoute un post-scriptum : « Envoyer Lorenzo ou Paolo acheter des bombolloni. »  Et je force un peu l’allure pour rattraper le temps perdu.

La via Garibaldi fait un coude à son extrémité, puis débouche sur le littoral. Sur ma gauche, les Canali et la Piazza Bovio où j’ai traîné à réfléchir, à écrire, une bonne partie de la journée. Et je réalise alors que j’ai tourné en rond toute la journée. J’ai mis le pilote automatique et je n’ai cessé d’osciller d’un bout à l’autre de la vieille ville. J’ai défini sagement le périmètre où déloger quelques fantômes. Je les ai alignés, dégommés, esquivés l’un derrière l’autre. Mais, confusément, je n’ai jamais cessé de le savoir : il y a au-delà de ce périmètre quelque chose de moche et de contraignant que je ne suis toujours pas en mesure d’affronter.

 

  • Où : Piombino, via Garibaldi.
  • Quand : 12 juillet 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D.

le 6 octobre 2011 | rubrique Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 24 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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24 Réactions

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  1. 18 réactions 10-6-2011

    E’ da un pò che non passavo da queste parti…
    Ciao! e complimenti per questa foto, molto bella e luminosa!
    Mi prenderò il tempo per leggere e vedere il lavoro delle settimane passate.
    A presto,
    Fabrizio

    • 1238 réactions 10-13-2011

      Grazie Fabrizio. Beh, anch’io questi giorni temo di non aver avuto il tempo di passare dalle tue parti (In somma ! Di passare da nessuna parte a dir la verità). Comunque, ci sentiamo presto.

  2. 51 réactions 10-6-2011

    Oh j’aime bien ce que tu racontes, plein de choses où je peux me reconnaître, et cette photo gorgée de lumière, j’aime aussi (nous voici arrivés à ce moment de l’année où cultiver un soleil intérieur est, quasiment, une question de survie 😉

    • 1238 réactions 10-13-2011

      Et j’aime que tu aimes, Aurore. Tu as raison : c’est une question de survie. Mais il est dur d’écrire le soleil de Toscane dans la grisaille.

  3. 50 réactions 10-6-2011

    That is a beautiful image – I like the harsh shadows created by the sun. The tension between the walker and the cyclist in the distance adds to the overall composition and mood. Brilliant!

    • 1238 réactions 10-13-2011

      Thank you Martina. I have to admit that I give the priority to the text these days. I am afraid that my images are sometimes purely illustrative.

  4. 1 réactions 10-6-2011

    De l’authentique, du véridique, cela se lit avec autant de délectation que « Les ritals » de Cavanna…
    On sent l’odeur des plats mijotés en cuisine, on devine le linge occupé à sécher dans la cour, la chaleur estivale écrasante …Le tout avec style et rythme…J’aime énormément !

    • 1238 réactions 10-13-2011

      L’authenticité ! Je crois que c’est la chose la plus difficile à atteindre ces temps-ci. Je te remercie, Delia : tu me fais le plus beau des compliments.

  5. 34 réactions 10-8-2011

    Un sentiment d’apaisement dans cette rue ou il y a de l’animation mais au ralenti ,on est loin du rush des villes
    bravo pour cette nouvelle photo

    • 1238 réactions 10-13-2011

      Merci Noël : je tenais en effet à cet apaisement avant de poursuivre mon texte.

  6. 20 réactions 10-8-2011

    On a tous – peut-être pas, mais c’est l’impression que j’ai – une via Garibaldi à éviter. Et Dieu sait que j’y ai fort péché, car incapable de résister à ses attraits, à ses soleils, à ses explosions de chaleur, même si tout ça tenait de l’illusion. J’ai sans doute payé mon lot d’illusions dans ma via Garibaldi à moi. Un cinéaste japonais en a bien parlé, lui aussi, mais vu de l’autre côté, par ceux qui y vivaient, qui en vivaient. J’ai oublié son nom et ai la flemme de chercher son patronyme sur le net. Je préfère maintenir le flou, l’enchantement du flou.
    Et ta photo me ramène ailleurs, à des étés sans fin, les étés d’une enfance où je ne m’avais pas encore inventé une via Garibaldi. Comme quoi, le flou des souvenirs en couches temporelles se superposant tient d’une sorte d’alchimie toute personnelle. Au fond, c’est ça, chaque texte que nous lisons, chaque photo que nous regardons nous parlent inévitablement de nous. Mais ce qui en fait le charme, dans son sens le plus fort, celui de la magie, c’est l’espèce de remuement intime qui nous bouleverse quand l’œuvre touche au-delà de ce que son producteur pouvait espérer.

    • 1238 réactions 10-13-2011

      En vérité, c’est bien vers ce « remuement intime » (j’aime et annexe ta formule) que devrait tendre à mon sens tout œuvre de création. Je crois que parler de soi n’a de sens que si cela permet aux autres de s’y retrouver un peu. C’est ça le texte, l’image : un ailleurs à partager. L’ailleurs, comme un miroir.

  7. 38 réactions 10-12-2011

    Ton père t’attend, là-bas, dans son éternité mais, avant que tu ne l’accompagnes une dernière fois, (le temps ne presse plus ou bien tu veux le retenir), le détour vers ce lieu au délicieux goût de l’interdit attire irrésistiblement tes pas et attise le désir de zyeuter le rétroviseur.
    Les ombres prennent forme sous le soleil et marchent à tes côtés, les voix s’animent, les souvenirs n’en sont plus et flirtent avec la réalité.
    Il y a un paradoxe à s’isoler, physiquement, du clan familial pour mieux le retrouver sur les pavés d’une via Garibaldi ou quelque autre part dans la ville, là où le père vit encore.
    J’apprécie cette douce « douceur » du « sépia » qui remonte si joliment le temps.

    • 1238 réactions 10-13-2011

      Eh bien, tu m’as vachement bien deviné, Dan : tu as résumé la structure que j’entendais donner à ce texte. Mais tu trouves vraiment cet isolement paradoxal ?

  8. 7 réactions 10-13-2011

    Chouette scène de rue!

  9. 38 réactions 10-14-2011

    Certes, oui, Marco, pour l’explication donnée.
    Ecrire, ce n’est pas tant pour soi que pour les autres et c’est ainsi que, sans pour autant transcender la solitude, mais plutôt afin d’assumer une différence caractérisée de solitaire, j’éprouve, souvent, cette contradictoire tentation de la fuite d’un insatisfaisant présent pour trouver refuge dans le sécurisant passé, intact, et donc plus que parfait.
    Mais, l’idée de paradoxe que je me suis faite à la lecture de tes « souvenirs » exclut le sentiment de nostalgie, sa souffrance et ses regrets.
    En cela, j’aime les paradoxes.

    • 1238 réactions 10-15-2011

      Oui. Écrire ne transcende pas la solitude. Ce ne serait pas une motivation valable du reste. Écrire donne plutôt de l’amplitude, du corps, au présent. Nourrir le maigre présent – qu’il soit ou non satisfaisant d’ailleurs – avec le passé ne me paraît en rien contradictoire : c’est surtout une manière de s’assumer soi-même. D’assumer une trajectoire qui rend compte de l’unicité, plutôt que de la différence. Dès lors la notion même de nostalgie est faussée.

  10. 17 réactions 10-15-2011

    voilà un bon moment de passé en ta compagnie. Tu vois, j’ai pris le temps et je ne le regrette pas biensur. Je trouve que ton histoire prend de la vitesse ou sans doute qu’à force de partir sur tes mots on ne te cherche plus, mais on te savoure. Je ne sais pas trop… J’ai beaucoup aimé la photo. Je n’ai rien d’une pro, mais c’est mon ressenti d’amateur qui parle. A bientôt de te retrouver pour un nouveau chapitre.
    Nathalie.

    • 1238 réactions 10-17-2011

      Merci Nathalie. Quant à moi, je me mets justement à ce nouveau chapitre. Lentement.

  11. 15 réactions 10-19-2011

    la photo et très belle, elle se fond à merveille avec le texte teinté de nostalgie rêveuse.

    • 1238 réactions 11-7-2011

      Merci Fernanda. J’avoue que j’avais un doute à propos de la qualité de l’image. Ici encore, c’est le texte qui me l’a imposée, plus que sa qualité intrinsèque.

  12. 33 réactions 11-6-2011

    Après 9 semaines d’ absence je retrouve avec délectation ces réflexions où je me retrouve tellement, merci pour cela. A bientôt

    • 1238 réactions 11-7-2011

      C’est moi qui te remercie, Robert. Le fait qu’un de mes lecteurs se retrouve dans ma prose est décidément pour moi une superbe motivation.

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