Je suis demeuré aux Canali un long moment encore, laissant filer les heures chaudes. Comme Peau de Chagrin, le coin d’ombre et de fraîcheur où je m’étais blotti n’avait d’abord cessé de se réduire. Ensuite, il se grignotait de nouveau un périmètre, reprenait un peu d’ampleur, mais je n’étais toujours pas résolu à bouger. J’avais peut-être encore des choses à creuser par ici, des histoires à me raconter. Je me souvenais par exemple avoir entendu ou lu quelque part une légende qui se rapporte à la fontaine. J’essayais d’en retracer le fil, mais sans y parvenir.

Un chien s’est approché, qui s’est à peine soucié de renifler la main que je lui tendais avant de se faufiler sous les cinq jets d’eau des Canali. J’ai aimé cette indépendance. A-t-on idée aussi de renifler, de lécher tout ce qui se présente ? J’ai aimé également son petit air « je suis un bâtard, mais j’assure » et j’ai songé d’emblée à un chien errant : il y en avait beaucoup autrefois dans les collines qui quelquefois s’aventuraient, seuls ou en bande, jusqu’aux abords des villes. Mais celui-ci portait un collier et je crois bien qu’il n’y a plus de vrais chiens errants dans les collines, que ceux qui restent ont été jetés là, abandonnés par beaucoup plus bâtard qu’eux.

J’ai beaucoup d’histoires, inventées ou vécues, avec des chiens errants, mais ce n’est pas le lieu, ni le moment encore de songer aux collines. Demain, nous y ramènerons les cendres de mon père et mon frère Lorenzo et moi sommes à peu près décidés à monter au village à pieds, à travers le maquis. Mais je ne veux pas y penser maintenant. Ce que je veux, c’est retrouver la légende des Canali et en noter les termes dans mes carnets.

Ce n’est pas mon père qui me l’a racontée, en tout cas : il n’avait aucun goût pour ce genre de fables. Un jour en revanche, il m’a jeté une histoire de sorcier. Ce n’était pas une légende, mais un événement qui lui était arrivé et qui se rapportait au décès de Santina, sa sœur aînée. Je ne me souviens pas non plus de tous les termes de ce récit. Je crois que sa mère s’était décidée à consulter un sorcier durant la maladie de Santina et que, bon gré mal gré, il avait été contraint de l’y accompagner. Arrivés devant la maison du sorcier, il leur avait fallu se résoudre à faire la file : un tas de gens des collines se pressaient déjà, se bousculaient, geignaient devant l’entrée. Alors, le sorcier s’était encadré dans la porte et avaient dévisagé mon père et ma grand-mère : « Ce n’est pas la peine d’attendre, leur avait-il dit. Allez ! Rentrez chez vous au plus vite ! Courez ! Santina vient de décéder. » Mon père me déballait tout ça avec un petit sourire sceptique. Mais il m’assurait cependant que le bonhomme ne s’était pas trompé. « C’est qu’il avait le téléphone et qu’on l’aura appelé », que je lui ai dit. « Et qui savait même comment était fait un téléphone dans ces années-là ? », s’est-il contenté de me larguer.

A présent, je me rappelle à peu près la légende des Canali : elle n’est pas bien édifiante. A Piombino, comme dans tous le Val di Cornia, ces histoires-là ne sont jamais très édifiantes. C’est peut-être pour cette raison qu’on a tendance à les oublier. Il existe bien l’un ou l’autre récit un peu soutenu d’ermites, de pirates ou de sorcières du côté des îles d’Elbe, de Capraia ou de Montecristo, mais même ceux-ci ont tendance à s’oublier. Puis, va-t’en débiter quelque chose d’inédit à propos de Montecristo après que Dumas le père se fut emparé de l’argument.

J’ignore pourquoi : les habitants de Piombino et du Val di Cornia – contrairement aux habitants de tout le reste de l’Italie – ne se soucient pas beaucoup de leurs légendes. Ça s’élabore patiemment une légende, ça se patine avec le temps, ça prend du sens et du mystère dans la transmission et le bouche à oreille. Mais si personne ne les raconte jamais ? Ça demeure juste une chose inachevée, un canevas de légende. Ça ne motive et n’édifie personne.

A Livorno ou à Pisa, par exemple, sans remonter plus loin, on fait beaucoup de cas des saints patrons de la cité. Que l’on s’aventure à médire de Santa Giulia, à Livorno, ou de San Ranieri, à Pisa, et l’on se ramasse illico les anathèmes de toute la plèbe, athées et croyants confondus dans une même défense unanime de la tradition. Les saints patrons, c’est important, te dira-t-on, ça se respecte et ça se fête à coups de décorum et de dépliants touristiques.

Piombino aussi possède sa sainte patronne : Sant’Anastasia, qui milita activement pour la virginité féminine à l’époque de l’empereur Dioclétien et finit lamentablement ses jours à Palmaiola, l’îlot rachitique qui pointe son nez râpé dans le canal entre Piombino et l’Île d’Elbe. Une vierge martyre ! Je crois bien que ce n’est pas n’importe quoi que cette Anastasia dans le catalogue des saints catholiques. Elle a droit même à son chapitre personnel dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine. Mais, à Piombino, tout le monde se fiche de Sant’Anastasia. Et si l’on tient à la fêter un peu quand même, il faut se mêler aux trois rombières qui s’entêtent à lui financer sa messe annuelle à l’église de Sant’Antimo.

Le chien a terminé ses ébats aquatiques et m’accorde un peu de son attention maintenant. Je lui raconterais bien la légende des Canali, mais il me faut un brin de temps encore pour ordonner les souvenirs qui m’en viennent. Je pourrais lui raconter l’une ou l’autre histoire que me disait ma tante Elina en attendant : comment la belle Afrosina a élevé toute seule son enfant dans les collines par exemple et comment, vieille et esseulée désormais, elle m’accueillait lorsque je venais la trouver dans les collines. Mais, moment ! J’en ai fait un roman déjà et je n’en vendrai plus une copie si je me mets à en déballer l’intrigue à tous vents. Après, c’est encore une histoire de colline et je suis convaincu qu’elle affligerait mon chien citadin.  Bon.

Cela commence à Piombino, me suis-je lancé, ou plutôt à Gènes, mais qui a envie de remonter à Gènes quand on est déjà descendu à Piombino ? Sûrement pas toi, le chien, ni moi, qui avec ce soleil et cette canicule ne nous fatiguerions même pas à nous pousser jusqu’à l’angle de la Marina, ai-je développé. Je me suis assis en tailleur à l’ombre de la fontaine et j’ai attendu que le chien me rejoigne. Il a posé un moment sa tête ébouriffé et mouillée sur la pointe de mon genou, puis s’est ravisé et a recommencé à me regarder. Ne t’inquiète pas de m’éclabousser un peu les fringues, lui ai-je fait. Ecoute et ne m’interromps plus.

Autrefois, Piombino était une cité importante. La maison des Appiani y régnait, qui entre Pise, Florence et Rome s’obstinait à revendiquer son autonomie. Mais je ne vais pas te saouler de références philologiques. Une autre fois peut-être, je te déballerai comment le conte Rinaldo Orsini avait rassemblé tous les habitants de Piombino sur les remparts du Rivellino pour tenir tête aux soldats du roi de Naples et les réexpédier chez leurs épouses, danseuses de tarentelles. Mais ici – promis ! – il ne sera question que des Canali, puis de Paolo Carpegna, un des meilleurs capitaines du pape, enfin de Maria, sa dulcinée.

Paolo donc revenait de Gènes avec un chargement d’objets précieux. Le pape en personne avait affrété la galère et choisi méthodiquement les hommes qui composeraient l’équipage. Ensuite il en avait confié le commandement à Paolo, son officier le plus fidèle. Fidèle, Paolo l’était sans aucun doute, mais surtout à Maria et à la promesse qu’il lui avait faite de venir la chercher à Piombino et de s’enfuir avec elle. C’est que les parents de Maria rechignaient beaucoup à encaisser pour gendre un officier du pape. « T’es libre, d’accord, répétaient-il. Non, non, on n’y revient pas. Mais choisis tout de même un gars d’ici. Un de nos vaillants petits gars qui s’est battu au Rivellino et a remballé le roi de Naples et sa piétaille chez leurs danseuses de tarentelles. » Et Maria ? Rien. Avait-on jamais vu une fille discuter les opiniâtretés de ses parents à l’époque ? Elle se taisait donc. Quelle importance ?  Elle savait déjà que Paolo viendrait la chercher et qu’ils s’enfuiraient loin tous les deux, en se fichant du roi de Naples et des obstinations parentales.

La journée était bien avancée déjà. « Irais-je chercher de l’eau à la fontaine ? », demanda fébrilement Maria. Les parents levèrent un œil soupçonneux : « Et quoi ? C’est pas ce que tu fais tous les jours ? » La bourde ! dut songer Maria. Mais je crois que ces vieux étaient trop bornés pour y réfléchir à deux fois. Ou alors, c’est le conteur de la légende qui avait envie de faire un peu de dialogue inutile. « Va donc à la fontaine, confirmèrent les parents. Puis, tiens ! Passe aussi à Sant’Antimo des fois que t’aurais des trucs à confesser à notre curé. » Maria s’empressa d’enfiler un truc pour sortir et prit la porte dans la foulée. Si elle avait besoin de se confesser, je n’en sais rien et je m’en fiche. Mais elle ne se souciait décidément pas de prendre la direction de Sant’Antimo. La voilà qui dévale la pente des ruelles pour filer vers la Porta a Mare, l’une des deux portes de Piombino à côté de laquelle on venait à peine d’édifier les fameux Canali.

Parce qu’il faut que tu le saches, le chien : il y a toujours eu un moment où les vieilles choses ont été neuves. Où les gens se sont dits : « Eh ! C’est quoi cette horreur moderne qu’on nous construit le long des remparts ? – Un peu d’audace, ce n’est pas si mal, rétorquent les uns – Eh non ! Eh non ! Puis ces cinq têtes de dragons ! Que c’est laid ! rétorquent les autres. – Des dragons ? Moi, je vois un cheval ! – Et moi un chien ! » Bref ! On ne sait toujours pas aujourd’hui, si ce sont des dragons, des chevaux, des chiens, mais qui s’en moque désormais ? Tu seras d’accord avec moi : on est bien tous les deux à l’ombre de nos Canali. Et, à caresser l’une de ces têtes de dragon ou de cheval ou de chien, on a le sentiment d’effleurer l’immuable.

C’est aux Canali justement que les galères papales avaient pris l’habitude de s’arrêter pour s’approvisionner en eau quand elles faisaient la navette de Gènes à Civitavecchia. Et Paolo était arrivé déjà. Il avait pressé ses rameurs tout le long depuis Gènes et là – allez comprendre ! – il leur disait de prendre leur temps, qu’on était peinards à Piombino et qu’il n’y avait pas besoin de se fatiguer. Puis soudain, le voilà qui baratine cette demie-paysanne, qui la fait grimper sur le bateau et qui s’énerve à nouveau en criant à tout le monde de se dépêcher.

On pourrait conclure ici. Tu l’as compris : Paolo et Maria se sont retrouvés et on ne viendra assurément pas déloger celle-ci sur la galère du pape. Une belle histoire d’amour qui se conclut sans nuage. Tu me diras : minute ! L’amour, ce n’est pas ça. L’amour, ça geint, ça crie, ça déchire ou alors ça ne vaut vraiment pas le coup d’en faire une histoire. Et puis, raisonnons : quelle légende qui se respecte un peu s’aviserait d’omettre un brin d’horreur et d’étripaille ? Je t’ai averti, le chien : elle n’est pas bien édifiante, mais là on friserait carrément l’anémie narrative. Poursuivons donc.

Les marins regagnent leur poste. La galère appareille et on se remet à longer tranquillement les côtes de la Maremma. La vigie aperçoit un petit vaisseau au loin, une barque qui a l’air de se traîner dans leur sillage. Mais personne ne s’en inquiète. Cela fait des lustres que les pirates sarrasins se tiennent tranquilles et cette embarcation n’a pas l’air bien menaçant. On en aurait bien informé le capitaine, mais celui-ci s’est barricadé dans sa cabine avec sa pécore et personne n’a le goût de le déranger pour si peu. Vient le crépuscule et la barque est toujours là, voguant tranquillement dans leur sillage. Viennent les premières lueurs de la Lune et elle a disparu : on avait bien raison de ne pas s’en inquiéter. Vient minuit et personne n’y pense plus et c’est à ce moment-là que la barque fantôme accoste le vaisseau papale.

Aussitôt c’est une ruée d’hommes en armes qui surgissent sur le pont. Ne me demande pas comment tous ces hommes tenaient dans cette petite barque : c’est de cette matière-là aussi que sont faites les légendes. Bref ! Il faut se battre. Paolo tire l’épée, mais il sait déjà que la lutte est désespérée. Et, pour ma part, je n’ai pas de raison de la faire plus longue : Paolo succombe en tentant de protéger Maria. Celle-ci est capturée. Elle sera vendue sur quelque marché d’esclaves en Orient. « Pas question », se dit-elle, en se penchant sur le corps ensanglanté de son amant. Tu ne m’en voudras pas, le chien, si je dramatise un peu. C’est qu’il me faut poser un peu le décor pour te faire avaler ce qui vient maintenant : Maria parvient à s’emparer d’une épée. « Je ne te survivrai pas, mon Paolo », qu’elle jette, pathétiquement. Et elle s’enfonce illico la lame à travers la gorge. Au même moment, deux éclairs déchirent le ciel, qui ont la forme de serpents entrelacés. Et les cadavres des deux amants se dissolvent, disparaissent dans le néant.

C’est depuis ce jour que les Canali se nomment également la « fontaine des deux serpents en amour. » Parce qu’un bout de la légende débite encore que les amants se retrouvèrent précisément devant la fontaine après leurs trépas supposés. Ils étaient affolés, terrifiés : leurs corps étaient ceux de deux serpents. En y réfléchissant un peu cependant, ça ne semblait pas si terrible d’être changés en serpents et puis de se retrouver à l’endroit même où était né leur amour. Mais quelqu’un approche : il faut se cacher. C’est un jeune berger, un môme, qui vient faire boire son troupeau à la fontaine. Et pendant que ses animaux s’abreuvent, il saisit un caillou effilé et se met à graver deux serpents entrelacés sur la paroi de la fontaine. Voyant ça, les amants serpents sont tout à fait rassurés. C’est là, j’imagine, qu’il me faut balancer la rengaine : ils vécurent heureux, eurent beaucoup de serpenteaux et toutes ces choses. Mais en vérité, personne n’en sait rien, car personne ne les a plus revus, ni ne s’est même inquiété de leur sort depuis ce jour-là.

J’ai achevé mon histoire et le chien me regarde toujours. Je m’active une cigarette, détourne la tête pour cracher le premier jet de fumée et étends les jambes. Le soleil s’est fait un peu moins cuisant sur la Marina. Je me relève. Le chien me suit toujours de son drôle de regard épaté. Et quoi, le chien ? Elle ne te plaît pas mon histoire ? Je m’avance un peu sur la jetée. Oh ! Le chien ! Si tu trouves deux serpents en traînant le museau dans les parages…  Je me retourne en parlant. Le chien a disparu. Je décapite mon mégot, expédie ma cendre en direction des Canali. Puis, je me dis qu’il est temps que je m’arrache aussi de ce rivage peuplé de fantômes et de solitude. Beaucoup trop de solitude.

 

[Pour être tout à fait honnête, c’est dans un livre, non dans ma mémoire, que j’ai délogé l’histoire de Maria et Paolo. En voici la référence : Giordano LUPI, Piombino leggendaria, Storia e miti della Val di Cornia, Il Foglio, Piombino, 2010. L’histoire d’Afrosina et du chien errant est racontée en revanche dans Sur les épaules du fleuve, mon dernier roman publié. Et comme la promo, ça ne mange pas de pain : voici un  lien où s’en informer.]

Le Ceneri del Padre, chapitre suivant : 7. Nous ne leur pardonnerons rien, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

 

 

  • Où : Piombino, Canali di Marina.
  • Quand : 11 juillet 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D.

le 22 août 2011 | rubrique Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 25 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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25 Réactions

Photoblog Awards
  1. 14 réactions 8-22-2011

    Bon, finalement, je n’ai pas pu attendre le soir :-)

    Je me demandais si la photo est cause du texte ou l’inverse. Mais, comme pour la question de l’oeuf ou de la poule, on s’en moque, l’important étant que les deux fonctionnent aussi bien ensemble que séparément!
    J’aime beaucoup ton texte, Marco. Je le trouve très touchant et j’avais dans les narines, en le lisant, cette odeur si particulière (que je ne retrouve que dans ton beau pays ou, peut-être dans le sud de la France) de l’eau fraîche tombant d’une fontaine publique dans la terre tellement brûlée qu’elle est devenue poussière…

    Amitiés,
    Olivier.

    • 1238 réactions 8-24-2011

      Oui, a priori, il y a en effet de l’histoire de l’œuf et de la poule.Ici cependant, j’avais d’abord choisi une autre image. Mais à mesure que le texte s’écrivait celle-ci s’est imposée… et le chien est devenu personnage. Te dire quand même que j’avais tellement écarté cette photo qu’il a fallu que j’aille la chercher dans la poubelle. C’est ce qui craint dans cette série : j’y donne décidément la priorité au texte. Et je me demande si je ne ferais pas bien de migrer tout ça sur mon site d’auteur. Bref ! Si tu as une opinion sur la question, n’hésite pas à m’en faire part, Olivier.

      • 14 réactions 8-25-2011

        Je suis d’accord avec toi, Marco, le texte prend beaucoup de place, et sans doute que ton journal trouverait aussi une place de choix sur ton site d’auteur. Mais je ne crois pas qu’il faille pour autant en priver ton blog photo. Parce que justement, la photo est importante dans ce travail d’écriture, et ce n’est pas la dévaloriser que de lui donner un second rôle (et non pas un rôle secondaire). Je trouve justement intéressant d’explorer ici ce statut qui diffère de celui qu’avaient tes photos précédentes, et que sans doutes retrouveront de futurs clichés.
        Mais ce n’est qu’une opinion, comme tu le disais très justement 😉

        • 1238 réactions 8-27-2011

          Une opinion parfaitement bien formulée et convaincante, Olivier.

  2. 17 réactions 8-22-2011

    Les animaux aussi ont chaud, j’aime l’utilisation d’un sépia sur cette scène de vie urbaine, elle souligne l’aspect cocasse de cette prise de vue !!
    Bonne semaine

    • 1238 réactions 8-24-2011

      Merci Wolfen. Je t’avoue que j’avais un très gros a priori à l’égard du sépia ou de la colorisation en général (ici, j’ai tellement mêlé de couches que je ne saurais te dire ce que c’est comme couleur). Mais il m’a paru pertinent d’y recourir quand j’ai commencé à traiter ces images de Toscane.

    • 1 réactions 12-20-2013

      Superbe cette photo en noir et blanc avec une légère teinte. Bravo !

  3. 5 réactions 8-22-2011

    Je me suis posée aujourd’hui, derrière quelques dossiers, pour lire doucement, tout doucement, ton récit.
    Il faisait très chaud dehors, ma fenêtre illuminait un peu mon écran et je voyais ta photo pleine de soleil (J’ai vu ces monstres étêtés et j’ai vu qu’il manquait un monstre tout au bout, où est-t-il passé ? Entré dans la légende lui aussi ?). C’est alors que ta photo est devenue vivante. Je ressentais toute la chaleur de cette instant aquatique canin en me disant que ce clébard ne savait surement pas tout l’impact du lieu et la légende qui en « coulait ».

    Tu me diras, (je me suis fait la réflexion en baissant un peu les stores de mon bureau) moi non plus je ne connaissais pas cette légende, mais comme toujours, lorsque je te lis, je replonge un peu dans mon passé.
    Est-ce parce que tu parles d’Italie, ou simplement parce que tes sujets résonnent souvent vers les fragments de mon avant ? Je ne sais pas, mais je m’en fous même, c’est agréable.
    Je peux te raconter ma légende ? celle que me contait mes grands parents… tu sais, je t’avais déjà parlé d’eux lors du récit n° 5 !
    Je me rappelle, de ces jours d’été passés au milieu des montagnes Italiennes, près d’eux… j’étais assise par terre dans la petite cuisine de ma grand mère, nous lisions le journal (il gazzettino !). Nous venions juste de finir notre repas de midi, la télévision de mon grand père piaillait depuis la chambre, porte fermée, mais je savais que malgré ces voix étouffées, lui dormait… comme à son habitude.
    Tout était calme, j’aimais ce calme, ce cocon qui me rassurait et me berçait. Je devais avoir 13 ans, ou un peu plus… Les feuilles du journal tournaient et ma grand mère me commentait les faits divers… j’écoutais, effrayée mais ravie de partager cet instant de femmes à femmes avec ma tendre grand mère, ses cheveux blancs ondulaient, brillaient sous la lumière qui filtrait par la fenêtre ouverte.
    Elle parlait d’un drame survenu je ne sais où… un enfant, enlevé dans la nuit…
    Elle a levé la tête, retiré ses lunettes et m’a dit … « tu sais « poppa » avant, dans le temps, on ne pouvait pas rester tard dehors, seuls… avant ici il y avait des choses étranges. Les enfants disparaissaient aussi… à cause de bobines de fil à coudre.
    J’étais là, le coeur battant… curieuse… « des bobines de fil à coudre ? »
    Je voulais rire tout de même mais le sérieux de ma grand mère m’en empêchait.
    …  » oui, les enfants suivaient des bobines de fils qui roulaient vers les bois, et les enfants tout en s’amusant à vouloir les attraper disparaissaient dans les bois et ne revenaient plus ».
    Elle me regardait et me disait de ne plus avoir peur, que c’était dans l’ancien temps, qu’aujourd’hui les bobines ne bougeaient plus depuis que le pape avait béni le village…
    Depuis ce jour là, moi je me suis juré de ne jamais coudre quoi que se soit ! :)
    Le soir, couchée dans la toute petite chambre qui couvait mes nuits, je me suis juré de ne pas rentrer trop tard de mes jeux, les jours suivants.
    C’est ainsi qu’est revenue la légende des bobines de fils à coudre ! Je l’ai transmise de cousins en cousines et même à mon frère, terrifié et bien plus petit que moi, à l’idée de disparaitre dans les bois…
    C’est tard, bien plus tard que la légende a pris une forme de questionnement… « n’était-ce pas là, une façon de faire respecter les couvre feu aux enfants désobéissants ? » on m’a dit que non, mon grand père des années plus tard, m’a certifié que cette légende était vraie… et que lui même avait assisté à ce phénomène mais n’avait pas suivi ces bobines folles.
    Mystère… mais ton histoire, bien que plus jolie que la mienne et plus romantique d’ailleurs, m’a ramenée à ce passé… cet instant. Et je me surprend à sourire aujourd’hui, la vision de cet instant est revenue, intacte… je revois tout… et c’est un trésor pour moi d’y repenser si intensément.

    C’est à cet instant précis que j’ai levé la tête de mon ordinateur, posé mollement sur mes genoux… regard braqué sur ma télé qui rumine des sottises de notre ère, sourire figé… que j’ai ressenti la solitude dont tu parles et ces fantômes qui remplissent nos mémoires, notre existence, nos coeurs… mais plus nos regards.
    Alors j’ai cliqué sur « poster » et j’ai repris mon souffle… un peu plus fort.
    Merci pour cet instant Marco.

    • 1238 réactions 8-24-2011

      Oui, il y a bien une légende autour de la tête manquante. Il y a surtout un mystère : elle a disparu un jour – c’était au XIXe siècle – et il n’a jamais été possible de la retrouver. Je t’ai dit par ailleurs tout le bien que je pensais de ton commentaire et de cette très belle histoire de bobines de fil. A cet égard, c’est moi qui te remercie, Peggy.

  4. 23 réactions 8-23-2011

    L’image en sépia qui lui vas bien, bonne soirée!

    • 1238 réactions 8-24-2011

      Merci Roland. Je le confiais plus haut à Wolfen : j’ai toujours pensé que le N&B devait se suffire à lui-même et étais donc très adversaire de l’effet sépia. Du coup, ça me donne des allures de repentant inquiet d’y recourir dans cette série d’images. Content de savoir que ça fonctionne.

  5. 50 réactions 8-24-2011

    What a great shot – that must have been an incredibly hot day. I hope you’re enjoying the summer!

    • 1238 réactions 8-27-2011

      This is what tells the text, Martina : it was so hot and the sun was so bitter that I was forced to hide myself in the shadow of this fountain.

  6. 17 réactions 8-24-2011

    Je sais que c’est peut être pas le moment, mais je suis toujours honnête dans les critiques que je fais lorsque je lis. Donc, même si cela reste bon (parce que tu as le talent suffisant pour cela), il me semble que là, dans ce texte, tu es en dessous.
    Pour la photo, je la trouve trés bonne, pleine de magie et d’inspiration. Tu as vraiment un regard attachant sur les choses.
    A bientôt de te lire encore.

    • 1238 réactions 8-27-2011

      Sois toujours honnête avec moi, Nathalie. Je suis conscient de commencer à manquer de souffle dans cette histoire. D’où ma réticence à poster les chapitres suivant d’ailleurs. Un passage à vide, ce n’est pas la mort, en écriture. On se pose un peu et puis ça repart. Ou alors,on s’accroche et on commence à user de subterfuges. Je compte donc sur toi, Nathalie, pour ne me laisser passer aucun subterfuge.

  7. 49 réactions 8-24-2011

    Bien shooté et au bon moment, bravo.
    Bonne fin de semaine.
    Yvon.

    • 1238 réactions 8-27-2011

      Merci Yvon. Sais pas : un court instant plus tard il tournait la tête dans ma direction. Mais j’étais si accablé par la chaleur que ça ne m’a plus fait réagir.

  8. 13 réactions 8-26-2011

    Super photo and treatment! You’ve managed to combine some very nice elements in your frame, nice lines, treatments, and excellent composition all around. These stories are also very good, I’m really enjoying this series.

    • 1238 réactions 8-27-2011

      Merci. La canicule aussi joue un rôle dans ma composition et dans le traitement. Ah ! Toujours autant de plaisir à savoir que tu peux suivre mes dérives littéraires, en dépit de la barrière linguistique.

  9. 51 réactions 8-27-2011

    J’aime bcp le face à face des gargouilles et du chien, et même si pas fan de sepia (pour les raisons que tu mentionnes plus haut 😉 ici avec ce soleil, oui ça fonctionne très bien !

    • 1238 réactions 8-27-2011

      Merci Aurore. Oui, tu l’as lu plus haut : je n’aime pas du tout le sépia. Mais le capteur de mon 60D et moi – nous nous connaissons à peine tous les deux – avons pris la lumière de ce torride été toscan en pleine poire. Et il m’a semblé que la colorisation apportait quelque chose. A l’égard du traitement formel comme à celui du sens.

  10. 38 réactions 8-30-2011

    J’ai repris ma lecture où je l’avais laissée avant mon départ et, serait-ce l’envol, de chapitres en chapitres, je « plane » à l’évocation de tes légendes et savoure tes récits. Merveille des mots servie par ton talent d’écrivain.
    Pas fan de sépia ? et pourtant, ici, l’image vieillie s’accomode si bien de cet effet pour servir la légende. Moi, je suis fan.

    • 1238 réactions 9-1-2011

      Eh bien, si tu es fan, moi je me couche, Dan. Non, le sépia, ça n’a jamais été trop ma tasse de thé. Je m’y suis pourtant mis ici parce que je pense en effet que ça donne une dimension à ces images. A part ça, vivons l’envol.

  11. 15 réactions 9-4-2011

    en lisant, on se croirait voyager d’un bout à l’autre du récit. magnificque la fontaine.

    • 1238 réactions 9-24-2011

      Eh non ! Je m’aperçois que j’ai négligé de te répondre, Fernanda ! Voyageons ! Via ! Musica! …ca s’abbìa ‘a tarantella !

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