C’est en me plantant à l’ombre d’un pin de la Piazza Bovio, que je me suis remis à écrire. Cela faisait un bout de temps que je ne parvenais plus à écrire et je n’avais aucune raison de penser que ça me reviendrait maintenant, au moment de ramener les cendres de mon père en Toscane. Et cependant, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours écrit tout un tas de choses en Toscane et particulièrement lorsque je venais me planter à l’ombre d’un pin de la Piazza Bovio.

Ecrire n’est pas une sorte de fatalité. Avec le temps, ce n’est même plus une urgence. Il faut être préparé à encaisser ses propres fantômes pour leur imposer des mots, pour les contraindre aux syntaxes contradictoires du texte et de la mémoire. Mais je ne m’étais préparé à rien. J’avais refusé jusque-là d’envisager l’écriture. Je vivais, peinard et sans états d’âme, au milieu de la page blanche. La disparition de mon père m’avait ôté la volonté d’y maîtriser les choses. Pourtant, je devais savoir, en me plantant à l’ombre d’un pin de la Piazza Bovio, que des mots débouleraient et que j’aurais à déterminer si cela valait ou non la peine de me compromettre avec eux.

La Piazza Bovio a toujours été un bon endroit pour écrire. C’est certainement le ressac des vagues sur les rochers, ce va-et-vient murmurant qui finit par t’envelopper comme un refuge, un abri du bout du monde. Des gens passent, l’échantillon standard de baltringues en short fantaisie et quelques jeunes locaux qui connaissent le chemin dérobé pour descendre se baigner au milieu des rochers. Mais leurs voix, leurs rires me parviennent tout assourdis par le ressac. Et soudain me voilà, seul et aphone, à me colleter avec le bout du monde.

Alors, mille images me viennent : des coups de flash, des lambeaux de mémoire et les inévitables fantômes. Ce sont quelquefois de vieilles ombres lugubres et quelquefois des esprits jeunes et jouasses. Parce que les choses ne vieillissent guère lorsque je les situe au bout du monde. Les vieilles ombres ont toujours été de vieilles ombres. Les autres m’apparaissent intactes. Elles me hantent et m’inspirent au présent de l’indicatif. Et si je veux pourtant explorer le passé – comme je le fais ces jours-ci – elles me donnent les mots, les odeurs, les couleurs, sans trop se formaliser, mais en me soufflant gentiment à l’oreille qu’on ne vit pas dans le passé.

Et quoi ? leur répliqué-je. Je fais ce qui me chante ! « Bien sûr, fais ce que tu veux. Va où tu veux. Mais tâche de retrouver ton chemin », me répond-t-on. Et si je gratte encore dans le passé ? « Qui t’en empêche ? » Personne. « Alors, vas-y ! Fonce ! » J’irai donc explorer le passé, j’irai ailleurs, parce qu’il n’existe plus grand chose qui me motive dans cette Italie où il n’y a plus rien à voir, à faire et à espérer. « Oui. C’est un point de vue. » Une objection ? « Tu es en colère. C’est la colère et le chagrin qui parlent. » Mais quelle colère ? Quel chagrin ? « Ecris ! Tu sauras bien ce qui te motive. » Foutaise ! Le soleil et la canicule doivent me torréfier méchamment la cervelle, si j’en suis à discuter lexique et sémantique avec le vent et le ressac des vagues.

Voici donc ce qui me motive et que j’ai envie de mettre sur papier : aujourd’hui, l’Italie est le pays le plus abimé d’Europe. Je prétends qu’aujourd’hui l’Italie est un pays qui a perdu son âme, qui a craché sur son passé, qui s’est torché avec son histoire. Entre le grand show médiatico-politique et le Vatican, il n’y a plus de place pour les gens scrupuleux en Italie. Il n’y a plus la place d’apprendre, d’imaginer, de créer, d’éprouver. Les Italiens d’aujourd’hui se soucient davantage des implants capillaires du bouffon qui les gouverne que d’assumer un peu la lignée d’un Dante, d’un Leonardo, d’un Foscolo ou d’un Cesare Pavese. Et si tu as deux sous de bon sens et de créativité, tu sais forcément que tu ne peux les gaspiller avec ces gens-là. « Chouette discours ! Tu tapes fort, mais tu ne dis rien ! Est-ce vraiment tout ce qui te vient ? Tu peux faire mieux, non ? » Encore des fantômes ? « Eh ! Tu les crées, tu les gères ! » Oui, ça se défend.

Mais, au bout d’un moment, qu’est-ce qui m’empêche d’écouter le vent et de lui répondre si ça me chante ? Je parlerai au vent, aux vagues, aux pierres si ça me convient. J’identifierai l’interlocuteur le plus apte à encaisser mes rancœurs. « Bravo ! Alors, raisonnons dans l’ordre. Tu crois sincèrement que les métallos, les pêcheurs que tu évoquais tout à l’heure en avaient quelque chose à caler de ton Leonardi ou de ton Fiscola ? Soyons sérieux ! Qui les connaissait ces gens-là ? Nous donnaient-ils du travail et du pain ? Se souciaient-ils de nos familles ? » Admettons, concédé-je. « Alors, cherche encore. » Chercher quoi ? « Ce qui te hante réellement, ce que tu essaies de cracher sans y parvenir. » Je n’ai rien de plus à dire. « Merde ! Parle au vent si tu n’as rien à dire. »

À ce moment-là, j’ai écrit déjà toutes les sornettes que l’on vient de lire et j’ai chaud et je n’ai plus envie de me laisser chambrer par des fantômes sur la Piazza Bovio. J’ai quitté la place et j’ai pris l’escalier qui mène aux Canali, la grande fontaine duecentesco qui surplombe le petit port en contrebas de la Piazza Bovio. En vérité, cette fontaine ne se nomme pas du tout les Canali, mais je ne l’ai jamais entendue désigner autrement dans la zone. Peu importe. J’ai largué mes espadrilles et suis demeuré un moment à patauger dans l’eau de la fontaine, attentif à ne fixer mon esprit sur rien.

J’étais tranquille à l’abri de la fontaine. Le soleil pointait au zénith et grillait jusqu’à la plus infime poussière de monde au-delà de mon périmètre d’ombre. J’aurais pu demeurer là des heures, les pattes au frais et les idées claires. J’aurais pu oublier que des choses continuent de bouger, de se combiner, de se chercher des prétextes, des tabous et des raisons d’être, même quand je les ignore. Ou alors, j’aurais simplement pu cesser de me pourrir la tête et laisser filer les heures chaudes. Mais : « Cette eau est-elle potable ? », ai-je entendu dans mes épaules.

Deux couples d’Italiens du Nord, fort soucieux de leur bronzage, traçaient en formation très relâchée dans ma direction. J’ai hésité un moment à défendre mon territoire : « Cela fait des lustres que je bois l’eau des Canali. Mes tripes et ma salle-de-bain le sauraient si elle n’était pas potable ». Voilà ce que je me proposais de leur balancer : mot pour mot, cliché pour cliché. Puis, j’ai admis que ce n’était pas l’ambiance et je me suis contenté de leur marmotter un vague « Oui, je crois qu’elle est potable », avant de leur laisser le champ pour me diriger vers le port.

Le port – dix vieilles barques dispersées dans un enclos de rochers – était à peu près sans activité à cette heure de la journée. Le soleil était désormais trop haut, trop impertinent pour les indigènes et les touristes devaient emplir les terrasses des trattorie sur le Corso Italia. Deux gros bateaux se croisaient sur le trajet de l’île d’Elbe dont les collines se diluaient sur l’horizon. J’ai pensé que je risquais l’insolation à me poser là, que je finirais par me diluer moi aussi dans l’air brûlant, avec le reste du paysage. Mais tout ça ne revêtait pas une réalité bien tranchée.

Je me suis installé à mi-hauteur des cinq marches qui mènent aux barques. Plus loin, deux mômes attrapaient dans des petits filets je ne sais trop quoi qui doit ramper, grouiller et faire sa petite vie amphibie entre les rochers. Ils plongeaient tout le bras entre les rochers, puis se refilaient le seau où s’ébattaient leurs prises. Je les ai observés un moment, ai songé à me rapprocher. Il y avait de l’ombre, là où ils s’activaient, et ç’avait l’air épatant de chercher des trucs entre les rochers. Mais je ne concevais pas réellement de quitter mon escalier. J’avais ressorti mon carnet, mon crayon et m’étais remis à écrire. Je me disais que c’était le bon instant, le bon endroit pour écrire.

J’avais le nez plongé dans mes carnets depuis un bon moment déjà, lorsque l’un des mômes au filet m’a bousculé sur mon bout d’escalier. Je l’ai regardé filer avec son seau le long de la jetée. J’ai maté son élan et la manière dont le sol brûlant lui grignotait les arpions à chaque foulée. Et quand il n’eut plus que des moignons pour courir, je l’ai vu agiter les bras et s’envoler. « Quoi ? Tu donnes dans le fantastique à présent ou bien tu divagues ? » Eh ? Revoilà mes fantômes ! Avez-vous vu le môme s’envoler ? « C’est confirmé : tu bats la semoule ! Tu perds les pédales ! » Il s’est envolé, vous dis-je. « Il ne s’est pas envolé. Et qui s’envole de nos jours ? » Il vole. Il vole avec le vent. « Mais quel vent ? Il n’y a pas un pet de vent dans le secteur. Il n’y a que le soleil de midi et il est en train de te bouloter la tête. » Oui, c’est possible que le soleil de midi me mange la tête. « Alors, debout ! Tire-toi de cette embrouille ! »

Je me suis levé. Mes jambes ne me portaient plus et c’est en titubant que j’ai atteint l’ombre des Canali. J’ai plongé les bras, puis la nuque sous le jet d’eau. Tout ce que je touchais se mettait à vaciller et j’avais une furieuse envie de gerber dans l’eau des Canali. J’ai serré les dents et les paupières. Je me suis accroupi, comme un chiot, les dix doigts cramponnés aux parois de la fontaine.

Lorsque j’ai rouvert les yeux, la grosse tête de dragon des Canali retrouvait à peine un semblant d’aplomb. J’ai levé le regard en direction du port : le soleil continuait de se manger lentement les barques et la jetée. J’ai attendu un peu. Ensuite, prudemment, j’ai tenté d’isoler un périmètre à peu près stable sur l’horizon. « Regarde-moi ! Je vole », s’est écrié l’enfant, en passant dans mon champ de vision. J’ai haussé les épaules et j’ai regardé ailleurs. Je commençais à récupérer et n’avais déjà plus aucune raison d’y croire. Parce que, c’est bien connu. C’est même certifié, sanctionné par les Nations unies, le pape, la bourse de New York et la morale laïque : les gens voient des fantômes, parlent à leurs poix de senteur, aux morts, essaient de croire aux fées, aux elfes ou aux Martiens. Mais en dépit de toute cette créativité, personne – absolument personne – ne s’envole plus de nos jours.

 

 

  • Où : Piombino, Porticciolo
  • Quand : 13 juillet 2011
  • Appareil : Canon EOS 60D

le 12 août 2011 | rubrique Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 47 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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47 Réactions

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  1. 14 réactions 8-12-2011

    Marco,
    Je n’ai pas souvent raison, mais toi si : avec le texte, c’est mieux sans pêcheur 😉
    La photo est belle, le texte est fort…
    Amicalement,
    Olivier.

    • 1238 réactions 8-12-2011

      Oui, oui, avec le texte : ce qui ne me donne pas raison dans l’absolu. Alors, pour ceux qui se poseraient la question : il y avait en effet un pêcheur, appuyé sur le parapet du fond, dans la version originale de cette image. Un personnage minuscule qui ne jouait à mon sens aucun rôle dans la scène et qui néanmoins dispersait un peu la lecture. Je l’ai tamponné. Ensuite, pour évacuer tout scrupule, j’ai proposé les deux versions sur un forum photo dont il est parfois question sur ces pages, ainsi que sur ma page facebook. La majorité de me visiteurs s’est prononcée en faveur du pêcheur. Mais, comme j’ai toujours eu un peu de mal avec les majorités, je me suis résolument rangé dans les rangs de l’opposition. Voilà, Olivier ! Suis bien content d’avoir ébranlé la majorité. Mais hors contexte, il est probable que la question demeure.

      • 14 réactions 8-12-2011

        Non non, la question ne demeure pas, même hors contexte : tu as tranché en faveur de plus de liberté et c’est bien 😉 Mais c’est un avis partisan, de minoritaire…

        • 1238 réactions 8-12-2011

          Alors là, aucun souci : j’assume !

  2. 1238 réactions 8-12-2011

    Merci Mihal.Tu le sais : je me soucie si peu des éditeurs qu’il ne me vient même pas à l’idée de leur expédier mes manuscrits. Ce que j’ai publié déjà, je l’ai fait à mon aise, sans pression, parce que l’opportunité ou la rencontre le méritaient.Alors, bien évidemment, je n’écris pas pour moi-même. Tout auteur un peu sérieux qui prétendrait écrire exclusivement pour lui-même est un menteur et un pitre. Mais il n’en demeure pas moins un menteur et un pitre à mes yeux s’il accepte de publier à n’importe quelle condition. Je suis heureux que tu aimes ce nouveau texte. En revanche, je ne sais pas si je prends davantage de risques dans ce chapitre-ci.Par rapport au « Ceneri del Padre », c’est possible. Mais comparant ce texte à d’autres que j’ai écrits (y compris parmi ceux publiés), j’avais plutôt peur de remuer la même soupe. Tant mieux s’il n’en est rien.Ceci posé, j’adhère sans réserve à la définition que tu fais de l’écrivain. Si mes écrits tendaient à me rapprocher, ne serait-ce que du bout des ongles, de cette définition, je n’aurais pas complètement perdu mon temps.

  3. 1 réactions 8-12-2011

    Tu vois Marco, je ne savais pas à quel point je te connaissais aussi bien quand, il y a quelques mois ou semaines je te disais que tu étais le vent et même, les vents. Oui, avec toi on vole, et oui, cet enfant a vraiment volé puisque tu étais près de lui. Chao, ou Ciao mon bel italien et merci de ces rares moments si généreusement offerts.

    • 1238 réactions 8-13-2011

      Bon. D’abord, Gigi, sois la bienvenue dans les parages. Après, il a fallu que je gratte un peu pour te répondre. Je suis le vent, les vents ? Faut encore assurer ! Là-dessus, je vois que Kiki, en dessous, embraie au quart de tour. Eh bien, je m’en vais illico, moderne Eole, souffler un peu sur les choses et voir si je les fais bouger.

  4. 4 réactions 8-12-2011

    Là,
    j’ai trop rigolé…navigué.
    Et oh Gigi, Marco c’est, ce sont les vents d’ici, d’hier, (et demain?) ok. Mais Marco, m’est une idée qu’il tente de faire voler jusqu’aux pierres, aux cailloux …du sentier.
    Là il y a de la tendresse pour toi, donc pour nous.
    Qu’est-ce que j’ai rigolé!

    • 1238 réactions 8-13-2011

      Kiki, dire qu’on s’est cassé la tronche à répéter pendant cinquante ans « ici et maintenant ». Et là, me voilà qui débarque avec mes gros sabots en déclamant « ici et hier » ? Je ne sais encore si je dois ou non le prendre pour un compliment. Blague à part, je suis content que le texte t’aie fait rigoler. Je voulais en effet toucher un peu de burlesque, mais j’avais le sentiment d’être passé à côté. Oui, je crois encore que j’aurais pu taper plus fort. Tant pis. Il me reste un tas de chapitres pour rattraper le tir.

  5. 33 réactions 8-13-2011

    Je ne commenterai pas la disparition du pêcheur, ayant moi même milité pour – là ça ne se voit pas, mais je ris sous cape.
    J’aime toujours cette façon que tu as de te dépeindre sans concession, quitte à grossir le trait – ici on s’en paie une bonne tranche, à te regarder te faire tourner en bourrique par tes propres « vents », ou fantômes… Décidément – je me répète, il y a du Bandini dans ce bonhomme.
    Mihal tombe très juste je crois en qualifiant ce qui au final ressort de cette écriture: pacifiée – mais d’une paix qui ne renie rien: luttes, échecs, injustice, conflits… pacifiée, sans oublier les larmes.
    Lien texte-image: toujours aussi pertinent.
    Alors: bon vent.

    • 1238 réactions 8-13-2011

      Alors, je sens que cette histoire de vent n’a pas fini de me relancer. D’accord. D’accord.Je vais continuer de souffler. Pour le pêcheur escamoté, évidemment, je savais à peu près déjà qu’il ferait tâche avec le texte. Tiens ! Il y a dix minutes à peine, je m’en expliquais encore sur vp. Je confesse un penchant pour le cinéma néo-réaliste italien. Le côté un peu rétro de la scène était donc dûment recherché et avouons que le bermuda fantaisie du gaillard faisait carrément tâche. Et puis, l’élan, la solitude de l’élan, l’envol vers autre chose qui soulage et libère, ça ne pouvait décidément pas se gérer avec papy qui taquine le poisson à l’arrière-plan. A part ça, Mihal-Talia est de cette sorte de critique qui, comme toi, tape souvent où ça fait mal. Je sais d’expérience qu’elle n’aurait pas hésité à m’étriller si je l’avais mérité. Toi non plus, je pense. Du coup, me voilà bien pacifié en effet. Tranquille et volontaire comme le vent.

  6. 23 réactions 8-13-2011

    Un excellent texte, une photo bien composée et voilà de belles choses,continue Marco.
    Bon samedi.

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Merci Roland. Continuer ? Oh, c’était bien mon intention.

  7. 1 réactions 8-13-2011

    einfach hervorragend.

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Vielen Dank, Heinz. (C’est vraiment tout ce que je peux faire en Allemand.)

  8. 30 réactions 8-13-2011

    beautiful scene; great moment . love this running child .

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Merci Mariana. Toujours très sensible à tes visites sur mon blog.

  9. 3 réactions 8-13-2011

    a really lovely B&W that speaks to the joy of childhood play.

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Happy that this image speaks to you, Otto.

  10. 3 réactions 8-13-2011

    La photo est vraiment superbe (la compo est top) et le texte qui l’accompagne excellente aussi

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Allez zou : je laisse tomber la fausse modestie sur ce coup-là pour avouer publiquement que je ne suis pas mécontent de mon image pour une fois.

  11. 5 réactions 8-13-2011

    Que c’est beau de te lire… à dire vrai je suis une amoureuse des mots, mais des mots bien posés, de ces mots qui se transforment en histoire… mais une histoire qui se dévore. Il y a ces personnes qui ont le mot magique. Le mot qui attire… ce mot qui ondule et hypnotise, comme toi. Beaucoup se décourage devant ces colliers de mots qui forment une page… Beaucoup s’arrêtent à l’image surement… Mais ce que j’aime chez toi, c’est ce pouvoir du mot et de l’image. Je l’avais déjà dit je crois… je me répète et pourtant, dans ma France du nord, le soleil a disparu depuis le mois de juin et si je chauffe de la cervelle, ce n’est que parce que j’ai mangé tes mots. 😉
    L’Italie… je pourrais dire qu’au milieu de toute sa perdition, restent les murs.
    Bon sang ! J’aime les murs. La pierre. Je ne sais pas pourquoi… petite-fille de maçon peut être ? J’ai tellement vu mon grand père revenir de ses chantiers, chantant plus fort que le vent et la douleur qui courrait dans son dos… Je le revois, sautant de cette camionnette bondée d’ouvriers… il venait vers moi et ma grande mère, nous étions figées là, sur la place de ce village entouré de montagnes à l’attendre et l’espérer ! Puis il me prenait dans ses bras et me faisait voler (oui, moi je volais ! Je le confirme ! C’est possible même sans avoir de brûlures célestes) Et de ses mains blanchies par le ciment, rugueuses de son labeur, il me caressait la tête, l’oeil brillant et le sourire sincère… puis il me balançait de sa voix forte et chantante « ciao patatina ! » J’en souris encore, j’en reste émue aussi…
    L’Italie, c’est ça… pour moi l’Italie c’est l’ailleurs… MON jardin secret, mon enfance, là où rire était la seule émotion durant les mois que je passais près de ceux qui sont partis trop tôt…
    Je viens de remonter pour voir ton image, cette enfant sur sa piste d’envol… je le sens prêt, il arrivera au bout et touchera le ciel.
    J’aime.
    Je ne sais pas si je me suis égarée dans toute ma ribambelle de mots, mais tu réveilles des émotions et du coup, je me suis laissée aller… je n’ai pas de fontaine pour remonter à la surface de mes souvenirs, alors je vais poster ces quelques lettres enchaînées à mon passé et… surement en rêver encore un peu…
    E stato un piacere venire sulla tua pagina prima di raggiungere le braccia di Morphée…
    Buona notte Marco 😉

    • 1238 réactions 8-15-2011

      Ué Patatina ! Petite fille de maçon italien ? Pour moi, ce sont déjà de sacrées références.Et la description que tu en fais montre que tu sais où déloger tes racines. Moi, mine de rien, à ta place, je reprendrais mot pour mot le paragraphe où tu parles de ton grand-père et je le publierais sur mon blog avec une de ces images dont tu as le secret.Oui, l’Italie c’est ça : ailleurs, mais foutuement présent et profond quand même. Parce qu’en somme, rien ne vaut le rêve que l’on fait d’une terre d’exil. Et lorsque tu combines le rêve à l’enfance, il y a nécessairement de l’élan et un envol.Sentiamoci sulle tue pagine o sulle mie.

  12. 50 réactions 8-15-2011

    Wow – what a great monochrome! I love the leading lines of the jetty, the composition , how much space you gave to the sky and how that running child adds drama and scale to the whole photograph. A real classic!! Many compliments on such a brilliant image!

    • 1238 réactions 8-17-2011

      Merci Martina. Au bout d’un moment, je me dis que je dois avoir eu un beau coup de chance pour cette image.

  13. 33 réactions 8-15-2011

    J’aime cette diagonale, l’élan et la compo, vivifiants.

    • 1238 réactions 8-17-2011

      Bienvenue par ici, K@. D’autant que ton commentaire m’a donné la chance de découvrir ton superbe blog.

  14. 51 réactions 8-16-2011

    J’aime bcp ce texte touchant, burlesque qui me donne envie de lire tous les autres. Et ce bel élan de la fin, placé en exergue et en image. A bientôt Marco !

    • 1238 réactions 8-17-2011

      Merci Aurore. Ah, eh bien, j’espère que tu liras le reste.Tout est toujours affaire d’élan.

  15. 13 réactions 8-16-2011

    You’re a great story teller Marco! The BW frame is simply exceptional with nice leading lines. I really the movement you captured, both from the waves and the child. Very vintage!

    • 1238 réactions 8-17-2011

      Thank you, NR. Je suis toujours aussi content…. et surpris… que tu aimes et surtout parviennes à traduire cette histoire.

  16. 17 réactions 8-17-2011

    J’arrive avec un peu -beaucoup- de retard. Pas eu beaucoup de temps. J’ai trouvé ton texte extrêmement fort, peut être aussi parce qu’il parle de l’écriture, en fait tous tes textes sont forts et c’est que j’aime chez toi, mais celui-ci m’a fait sourire par moment, rêvé à d’autres et ressenti comme vrai. Je passe toujours un bon moment en te lisant donc je ne peux que t’encourager à continuer encore et encore.

    • 1238 réactions 8-19-2011

      Retard évidemment pardonné, Nathalie. Tant que mes textes font mouche, je suis du genre jovial et qui pardonne tout. Après, quand je me plante, je peux carrément me montrer amer et mesquin. Mais non, je rigole.C’est toujours un plaisir d’accueillir tes mots par ici.

  17. 45 réactions 8-18-2011

    Superbe texte, belle photo ! J’ai adoré ! Comme toi, Marco, je n’ai plus retrouvé l’âme de l’Italie de ma jeunesse ! Malheureusement, je ne puis que l’exprimer d’une manière toute terre à terre. L’Italie, c’est devenu : « che caldo ! sai chosa ha detto Berlusconi ? Hai visto la mia vettura nuova ? Devo comperare delle scarpe ! etc.  » Où est passée la poésie dans tout cela ? Papa disait : regarde cet arbre, il a 100 ans ! Regarde le lézard comme il est beau ! Ici, autrefois, il y avait un vignoble ! etc.

    • 1238 réactions 8-19-2011

      Je ne me souviens pas de l’avoir jamais entendu s’extasier sur un lézard pour ma part. Mais oui, c’est exactement ça. Et pourtant, je veux le dégager progressivement de mon texte, il demeure quelque chose de cette Italie-là aussi.

  18. 15 réactions 8-18-2011

    une belle image !

  19. 23 réactions 8-20-2011

    Sisi Marco, les gens volent encore.
    Quand j’etais petit, je savais voler. C’etait si simple. Je prenais mon elan et je sautais le plus loin possible. Le tres court instant ou j’etais en l’air etait pour moi la preuve que je savais voler. Bien que cela ne durait a peine une seconde, je me disais : voler ok, meme pour une seconde cela suffit, le temps de s’arracher du sol et de faire pause pendant l’envol. On arrete le temps et on se retrouve suspendu. Evidemment je retombais assez vite mais peu importe, rien ne m’empechait de ressauter et de reprendre mon envol.
    Aujourd’hui encore je crois que je sais encore voler. Comment ? … Je ne sais pas. Je vole peut-etre inconsciemment tant je suis dans la lune. Peu importe comment j’y ai atterri du moment que j’y suis. Il a bien fallu que je vole pour m’y rendre.

    (J’ai du rater toutes tes photos sur VP, vue que j’y suis peu en ce moment. J’y retournerai un peu plus tard)

    • 1238 réactions 8-20-2011

      Le souci, c’est toujours la chute. Mais puisque tu as la chance de vivre dans la Lune, tu ne te soucies probablement pas ce ce petit inconvénient. A part ça, tu n’as pas raté grand chose sur vp, l’une ou l’autre image de la série « Les cendres de mon père », que tu retrouves ici, et c’est tout. Le temps me manque pour fréquenter le forum. Bon. Quand m’invites-tu dans la Lune ?

      • 23 réactions 8-21-2011

        Non je n’ai pas de soucis avec l’atterrissage, le soucis etant plutot de ne pas exploser en vol ^^
        Pas de soucis pour l’invitation la porte est toujours grande ouverte puisqu’il n’y a pas de porte la-bas.

        Je ne connais pas tous les moyens pour s’y rendre. Certains ont invente des fusees et ont reussi. D’autres ont construit une tour, d’autre une echelle. De mon cote je me suis envelope dans l’etoffe d’une aurore boreale qui m’y a depose. C’est le meilleur point de vue pour observer la Terre sans quitter des yeux les etoiles.

        • 1238 réactions 8-23-2011

          Je me laisserais bien tenter par l’ingénieux moyen inventé par Cyrano de Bergerac dans son roman sur la Lune.

  20. 12 réactions 8-29-2011

    MAGNIFIQUE!!!!!

    • 1238 réactions 9-1-2011

      En majuscules ? C’est gentil ça, Christian.

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