A Piombino, il y avait autrefois des métallos et des pêcheurs. Certains, comme Onorigo, le cousin de mon père, étaient à la fois métallos et pêcheurs. Mais la plupart des métallos avaient grandi dans les collines ou l’arrière-pays. Ils avaient été forestiers, paysans, avant que la grande dèche de l’après-guerre ne les poussent à quitter leurs villages pour les aciéries. Ils n’avaient donc aucun sens de la mer, ne s’y baignaient jamais. Et – eussent-ils vécu toute leur vie à trois pas du rivage – il ne leur serait jamais venu à l’idée de s’y engager. C’était le cas de mon père qui avait passé les trente premières années de sa vie en face de l’île d’Elbe, mais ne s’était jamais soucié de l’aller visiter.

Mon père détestait la mer. C’est son cadet, mon oncle Gubare, qui nous a appris à nager sur la plage de Sotto frati. La plage de Sotto frati – littéralement : Sous les frères – tire son nom du vieux prieuré de Piombino en contrebas duquel elle se situe. Pour accéder à la plage, il fallait descendre un escalier qui avait subi un bombardement durant la guerre. C’était un jeu déjà de sauter d’un bout de marche à un autre. Mon père aussi aimait ça. Je le revois, les bras encombrés de tout l’équipement de plage, nous devançant pourtant, dévalant souplement la pente, en homme habitué à cavaler dans les collines. Mais une fois en bas, impossible de le mener plus loin : il se dégottait un bout de rocher et s’y logeait résolument. Il fallait bien traîner toute la famille, les mômes, à la plage, mais où était-il écrit qu’il fallait aussi se mouiller ?

Après, je le revois encore : il raille un peu, manifeste sa perplexité devant mes premiers efforts de nageur. Cette fois-là, il s’est approché assez du rivage pour filmer la scène avec la petite caméra Super 8 qu’il vient d’acquérir. De très rares initiés ont aujourd’hui encore l’équivoque bonheur de me voir patauger, comme une grosse écrevisse affolée, entre les bras, les jambes de zio Gubare. Mon père, c’est certain, a dû se gondoler en filmant ce vaudeville. Mais je me gondole rétrospectivement en pensant à ce que cela a dû lui coûter de s’approcher à ce point du rivage.

Je n’avais pas dix ans lorsqu’il m’a raconté cette histoire : ses amis et lui avaient fait la course depuis la citadelle de Populonia jusqu’au rivage de Baratti, le hameau en bas de la colline. Parvenu à Baratti, l’un des coureurs s’est aussitôt précipité à l’eau. « L’avesse mai fatto ! – S’il avait pu s’abstenir ! », ponctuait mon père, en secouant la tête. Il adorait moduler ses effets. Un long, bouleversant, moment de silence avant d’énoncer, la voix quasi chevrotante : « Nous avons vu Fabio qui s’est mis à agiter les bras comme un fou. Il se débattait, hurlait de terreur. Un moment plus tard : rien ! Plus de Fabio ! On l’appelle, on le cherche, mais il a disparu ! » À nouveau, mon père se taisait, fignolait la chute, tandis que je me précipitais : « Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Mais que s’est-il passé ? ». Satisfait de m’avoir mené là, il assénait d’un ton à la limite du désinvolte : « Tu le croiras ou non : un poulpe avait emporté mon ami Fabio.  Qu’en dis-tu ? Hein ? Tu vois qu’il ne faut pas se fier à la mer. »

Un temps, je l’avoue, j’ai réellement visualisé le monstre, la bête mauvaise et effroyablement tentaculaire, copie conforme de celle que le père Hugo inflige à Gilliatt dans Les travailleurs de la mer. J’étais enfant et, comme tous les enfants, j’avais besoin de croire qu’il existe des choses extraordinaires, des choses cachées que les adultes n’évoquent qu’en chuchotant. C’est triste un monde où rien n’est à découvrir, où rien ne t’enthousiasme ou ne t’effraie et n’exalte le quotidien. Mais avec le temps, j’y repensais, mine de rien, je m’informais : pas un indice ne me permettait d’attester qu’il existait de tels phénomènes dans les eaux calmes et translucides de Baratti. J’ai donc fini par interroger mon oncle Gubare. « L’histoire est vraie, j’y étais », me répondit celui-ci. Mais, sybillin, il rectifiait aussitôt : « Tu sais, c’est bête un poulpe ».

Ce qui s’était passé, selon lui, c’est que Fabio avait dérangé l’animal et que celui-ci, paniqué, s’était accroché à ses jambes. C’est là qu’intervient la bêtise du poulpe. « Si tu veux le pêcher, il te suffit de tapoter la surface de l’eau avec un bâton, m’expliquait Gubare. L’autre, sous l’eau, je ne te dis pas le stress : il s’imagine en pleine fin du monde. Et, pour se rassurer, il ne trouve rien de plus malin à faire que s’accrocher au bâton. » Donc, le céphalopode s’affole et ceint de ses huit bras visqueux les jambes de Fabio. Là-dessus, c’est Fabio qui panique, qui se débat bêtement, en oublie de nager et  finit par se noyer. « Tu vois bien : pas de mystère, achevait Gubare. Ton monstre devait avoir à peu près la taille d’un bras ou d’une grande main. Quant à ton père, il raconte ces choses pour t’effrayer parce que lui-même a peur de la mer. »

Gubare – cas unique dans toute la fratrie de mon père – aimait beaucoup la mer. Que son aîné en eût une telle phobie lui inspirait toujours une singulière procession de sarcasmes. Mais non, Guba’, tu te trompais. J’ai pris le temps d’y réfléchir et je ne crois pas que mon père ait jamais eu la phobie de la mer. Je crois qu’il racontait ce genre d’histoires pour se convaincre lui-même qu’il fallait en avoir peur. Pour se donner un prétexte et ne pas t’y accompagner. Car fondamentalement, je crois que la mer le laissait indifférent. Mon père était un homme des collines et des après-midis tranquilles à l’ombre d’une pergola ou d’un pin parasol : il ne parvenait pas à comprendre que l’on puisse sottement passer du temps à se cuire la dragée au soleil d’une foutue plage, quand il y avait tant à dire, à échanger et à rire sous une pergola ou un pin parasol.

Mon père avait quitté ses collines et son lopin de terre pour les aciéries de Piombino dans l’immédiat après-guerre. Je parle d’un temps où il n’était pas question encore de normaliser la production agricole, de restreindre, de subventionner, de gaspiller. Ce que tu produisais, tu le mangeais. Et si tu ne produisais pas, tu crevais de faim. Il avait dix-sept ans, six sœurs et un frère à charge lorsqu’il fut contraint d’abandonner la terre pour l’acier. On l’engagea d’abord comme tire-porte aux hauts-fourneaux. Tire-porte ! Ç’a l’air peinard comme job. Quoi ? Il suffit d’ouvrir et de fermer une porte ? Juste une porte, mais c’est celle du fourneau. Et en ces temps-là, ce poste te mettait directement en contact avec le métal en fusion. Par la suite, un accident de travail lui permit d’obtenir son transfert au laminoir.

L’adolescence de mon père, c’était ça : les huit heures, les trois tours et soixante tonnes d’acier par fourneau. Il ignorait alors qu’il lui faudrait un jour émigrer, fonder une famille à l’étranger. Et je me représente assez l’outrance et l’insolence de son ricanement si on le lui avait suggéré. Car en somme il n’était peut-être pas mécontent de cesser de gratter la terre pour faire ses heures dûment salariées aux aciéries. C’était sans aucun doute des heures terribles et périlleuses. Mais contrairement au travail agricole, ça avait un commencement et une fin. Et ce devait être le pied d’oublier le travail et la dèche lorsqu’il enfourchait sa Benelli toute neuve pour tracer dans le crépuscule.

À présent, je me souviens aussi du soir où il m’a emmené avec lui à l’entrée de la Magona d’Italia. J’étais tout môme encore : mes frères, ma sœur ne devaient guère quitter la proximité de leur petit biberon. Mon père m’avait placé sur ses épaules et m’avait expliqué, je suppose, qu’il voulait saluer ses anciens camarades de travail. Mais en vérité, je crois que je ne comprenais pas bien ce que nous attendions là, tous les deux, devant cette vieille grille rongée de rouille, dans cette rue sinistre qui ne menait qu’à cette grille.

Alors, la sirène a retenti : un mugissement rauque, épouvantable. Et subitement, je ne me sentais plus du tout en sécurité sur les épaules de mon père. Des hommes ont poussé la grille et ont commencé à jaillir de l’usine. Un tourbillon d’hommes aux visages rudes et qui – à mes yeux d’enfant – semblaient très fâchés et très sales. Certains cependant se mettaient à rire et à crier en apercevant mon père. Une accolade à gauche, une bourrade à droite et je ne cessais de vaciller sur mon perchoir. L’un ou l’autre s’aventurait sans doute à me pincer la joue ou à me caresser la tête. J’imagine que cela dut me rassurer. Mais cela ne me permettait décidément pas de saisir le rapport que ces hommes sales et fâchés pouvaient avoir avec mon père ou avec moi.

Des années plus tard, il a tenté de m’expliquer ce qu’était le travail aux hauts-fourneaux ou au laminoir. Je me représentais à peu près les choses, mais comment répondre à mes camarades de classe par exemple que mon père avait travaillé à la coulée continue ? Ça n’évoquait décidément rien de solide la coulée continue. Je leur disais plus volontiers qu’il faisait, comme leurs propres pères, n’importe quoi dans les assurances, le commerce ou toute autre activité qui nourrit et anesthésie la classe moyenne. Ce n’est pas que j’aie jamais eu honte du travail de mon père : j’étais simplement incapable encore d’expliquer à un fils d’épicier ce qu’il y a de chic à avoir un père qui s’est encrassé les ongles pour sa famille.

Les aciéries de Piombino se sont développées comme un gros animal étrange à l’entrée de la cité. Les Etrusques qui occupaient déjà la zone étaient également métallos et certains devaient être pêcheurs. Le minerai de fer qu’ils importaient de l’île d’Elbe souille encore aujourd’hui le sable du rivage et le fait scintiller de milliers d’étoiles au crépuscule. J’ignore à peu près comment on travaillait le fer en ce temps-là, mais ce que je sais des Etrusques me porte à croire qu’ils seraient perplexes devant les modernes établissements sidérurgiques de Piombino. Qu’ils ne tarderaient pas à relever que l’environnement manque décidément de raffinement, de musique et de vin.

C’est vrai qu’elles font tâche à l’entrée de la cité, ces aciéries. Tôt ce matin, je suis passé par le boulevard qui en longe la périphérie. Il y avait autrefois, sur ce boulevard, un bar qui se nommait l’Imperia. Nous y prenions le petit-déjeuner en famille. C’était une habitude que nous avions toujours respectée et qui remontait à l’époque où mon père prenait son tour à la Magona : tous les matins, un café à l’Imperia avec ses collègues de travail. Ensuite, un verre de grappa pour se donner le courage d’y aller. Celui-là, on le vidait cul sec et en cachette devant les toilettes, l’alcool étant interdit de vente à cette heure de la journée.

Je comptais renouer avec la tradition et descendre un café à l’Imperia. Mais l’Imperia a fermé. L’Imperia a cessé d’exister comme la plupart des choses et des êtres que j’ai connus et appris à aimer lorsque j’étais môme. Je me suis engagé tout de suite sur le Corso Italia et j’y ai pris mon espresso en me disant que c’était inévitable, que c’était rigoureusement dans la norme que les choses disparaissent. J’essayais de me convaincre, mais ne pouvais m’empêcher de ruminer mollement ma déconvenue en plongeant le nez dans mon espresso.

Alors, cet homme s’est encadré à l’entrée de ce bar sur le Corso Italia. « Un café et un verre de grappa », a-t-il jeté. Et sa voix forte, enjouée, péremptoire m’a suscité un vrai frémissement de plaisir. Le type n’était pas très costaud : je ne le voyais pas à la coulée continue. Mais ses ongles cassés et le cambouis sur ses coudes me certifiaient qu’il ne remuait pas non plus la paperasse au Monte dei Pasqui di Siena. « Un café et une grappa », s’était-il écrié. « Pareil pour moi », ai-je enchaîné. L’homme m’a adressé un petit clin d’œil amical. « Eh ! Ça te troue le ventre à cette heure-là ! – Carrément », ai-je fait. Il s’est aussitôt calculé une trajectoire dans ma direction. « Sais-tu qu’autrefois il était interdit de vendre de l’alcool à cette heure-là ? – Sans rire ? Raconte-moi ça ! »

Nous avons vidé nos verres en échangeant des anecdotes. Mais un autre homme s’est pointé, avec une mine désolée et quelque chose qui suggérait l’accablement dans chaque posture de son corps. « Vous avez entendu la nouvelle ? On parle de fermer les aciéries. – T’inquiète ! Il y a cet Indien d’Arcelor Mittal qui va nous sauver la mise. – Un Indien ? Tu veux dire un peau-rouge ? – Ouais ! Avec des plumes au cul et de la gouache sur la tronche. Et chaque fois que tu te pointeras au laminoir, on te demandera d’exécuter la danse de la pluie ou bien t’es saqué. » Je n’écoutais plus. Je ne me souciais pas d’évoquer Arcelor ou tout autre groupe industriel en prenant mon café. J’ai allongé ma mitraille sur le zinc. J’ai repris mon chemin sur le Corso Italia, dépassant la Piazza Gramsci et la gare, m’engageant dans les ruelles qui mènent à la mer.

J’ai besoin maintenant de m’éloigner des aciéries et de voir la mer. Passant devant la via Giudea, je repère cette femme qui s’éloigne en promenant deux gros chiens. Je songe à la suivre, non pour l’aborder, mais pour la promesse qu’elle me fait de me perdre – avec ou sans elle – dans le labyrinthe du vieux Piombino. En vérité, personne ne se perd dans le vieux Piombino. Il suffit de descendre la pente des ruelles et l’on arrive forcément à la mer. Peu importe. Se perdre, comme aller vers la mer, est aussi question de volonté et d’imagination.

Mais est-ce étrange ? Je médite de me diriger vers le seul endroit de Piombino où je n’aurais eu aucune chance de retrouver mon père. C’est bien lui pourtant que je cherche : dans chaque souvenir et dans chaque rue et dans chaque visage. Peut-être ai-je envie également de m’identifier à ces vieux métallos à la retraite qui, de leur banc, interrogent la mer et se sentent soudain dépossédés de tout ce qui leur entaille et leur vrille les membres et la tête. Ou alors, convoité-je de localiser enfin le poulpe intelligent – le kraken – qui hante, inobservé depuis soixante ans, la Maremma toscane.

 

  • Où : Piombino Via Giudea
  • Quand : 11 juillet
  • Appareil : Canon Eos 60D

le 4 août 2011 | rubrique Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 29 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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29 Réactions

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  1. 14 réactions 8-4-2011

    Très belle photo et encore un très beau texte, Marco. Je sais que je me répète, mais ce n’est pas grave : j’adore tes souvenirs d’enfance, tu sais ce que je pense de tes photos, et du travail que tu fais dans cette chronique.
    Amicalement,
    Olivier.

    • 1238 réactions 8-5-2011

      Mais répète-toi tant que tu le sens, Olivier : je ne m’en lasse pas ! Ceci dit, je crois que je vais devoir (un peu) lever le pied à présent. Les nuits blanches à écrire, ce n’est décidément plus de mon âge.

  2. 33 réactions 8-4-2011

    Le bel hommage au papa se poursuit avec cette belle page de vie, je suis assez sensible à elle, mon père aussi a quitté son métier de tailleur pour entrer dans la sidérurgie liègeoise pour pouvoir nourrir sa femme et ses fils, à l’ époque tout le monde pouvait du jour au lendemain travailler en usine et moi aussi lorsque je passe le long des quais de Meuse entre le fleuve et les usines quasiment vides j’ai une pensée pour lui et je le revois sortir de « son » usine entouré des ses amis ouvriers, mais comme vous dites c’était une autre époque, ce qui ne nous empêche pas d’ admirer le courage de ces hommes de passer d’un métier de plein air ou tranquille au fond de leurs ateliers à l’ enfer de fumées et poussières qu’ étaient les usines de l’époque.
    Amicalement

    • 1238 réactions 8-5-2011

      Nous avons décidément un héritage commun, Robert. Je songe souvent à m’en aller promener un peu mon appareil sur les quais de Meuse.

  3. 35 réactions 8-5-2011

    Quel bonheur j’aurais à pouvoir tourner les pages, m’attarder sur un mot, sentir du bout du doigt les lignes à venir… A quand ces très beaux textes sur un support papier Marco ?

    • 1238 réactions 8-5-2011

      Euh… je dois dire que je suis loin de penser à une édition papier, Catherine. En vérité, je ne me pose pas la question. C’est toute l’ambiguïté du boulot d’auteur aujourd’hui : à mon sens, on ne peut pas écrire « vrai » si l’on pense déjà à « placer son produit ». Ceci dit, je ne suis décidément pas une flèche rayon promotion, mais je vais tâcher de me fouler un peu quand même : la plupart des thèmes agités ici sont déjà ceux d’un petit bouquin que j’ai publié il y a quelques années aux Éditions du Héron. Si tu en es curieuse, voici deux liens, le premier renvoie à mon site d’auteur, le second aux Éditions du Héron :
      1. http://carbocci.com/marcocarbocci.com/livres/sur-les-epaules-du-fleuve-extrait-roman-marco-carbocci/
      2. http://www.editions-du-heron.com/2_accueil.htm#haut%20accueil

  4. 17 réactions 8-5-2011

    Je persiste monsieur-qui-ne-sait-pas-que-c’est-lui… Je plaisante. Je persiste donc dans l’émotion de tes textes et la beauté de tes photos.
    A bientôt.

    • 1238 réactions 8-6-2011

      Merci Nathalie.Du coup, je persiste aussi et me mets illico à écrire le chapitre 5.

  5. 33 réactions 8-6-2011

    Pour moi un concentré de ce que j’aime dans ta manière. Avec infiniment de délicatesse, tout est dit d’une vie: la rudesse, les plaisirs – minuscules et majuscules, l’amitié, la perte. On passe imperceptiblement de la légèreté d’un humour amical à la plus grande richesse de nuances dans l’émotion. La fin: une merveille de construction et de précision: au sortir d’une franche poilade sur mittal, tu t’envoles littéralement sur les deux derniers paragraphes – je l’avais déjà évoqué sur un de tes textes: une certaine école américaine le faisait merveilleusement, de Fante à Crumley et consorts…
    La photo est très très bonne – on ressent la rudesse du crépi sur le tout premier plan, puis la vue devient de plus plus vaporeuse en s’enfonçant, en nuance toujours. Je lui vois un certain cousinage avec celle-ci: http://www.virusphoto.com/208677-le-donne-in-umbria.html de jcl qui t’avais tant plue sur virus. Et tu l’intègres à merveille dans ta narration.
    Pour finir, et même si c’est sûr je vais me faire taper sur les doigts, je suis bien content d’avoir en plus appris quelque chose: m’étais toujours demandé comment on pouvait boire de cette saleté de grappa. Si c’est à 5 heures du mat’ pour le coup de fouet avant d’embaucher à l’usine, alors je peux comprendre!

    • 1238 réactions 8-7-2011

      L’école américaine ? J’assume autant que la rudesse du crépi et la grappa. Le rapport avec l’image de jcl ? C’est flatteur, mais je crois que la comparaison montre bien mes limites de photographe. Limites que j’assume également du reste. Lorsque je passerai autant de temps à construire mes images qu’à fignoler mes textes, j’atteindrai peut-être ce niveau. Aujourd’hui, c’est l’instinct qui prédomine lorsque je prends une image. Il est également massivement présent dans l’élaboration du texte, mais n’en est pas moins qu’une étape.Ceci dit, je me répète, mais tes commentaires me deviennent une vraie motivation à poursuivre, Pascal. Suis franchement sur les jantes, ces jours-ci, mais je compte bien avancer dans le chapitre suivant.

  6. 3 réactions 8-7-2011

    Que c’est beau – l’ambiance de la photo + ton texte = un excellent moment – merci

    • 1238 réactions 8-9-2011

      Merci à toi, Gobou. Ton intervention finit de me convaincre que je ne me suis pas tout à fait planté en combinant les mots et l’image.

  7. 3 réactions 8-8-2011

    das ist ein sehr gutes SW mit feinen Tonwerten.

    • 1238 réactions 8-9-2011

      Bienvenue sur ce blog, Heinz.Ah ! Désolé de ne pouvoir te répondre dans ta langue. Je fais quelquefois semblant de connaître un peu d’anglais, mais pour l’allemand, il y a vraiment du travail.

  8. 50 réactions 8-8-2011

    That is a wonderful image – I love how the light is flooding though the street and illuminating the subjects. Brilliant work!

    • 1238 réactions 8-9-2011

      Thank you, Martina. You know it : I love the sensitivity of your pictures. Your compliments are always precious to me.

  9. 28 réactions 8-8-2011

    Un très beau texte Marco, plein de souvenirs et d’un peu de nostalgie, de regrets. Regrets de ceux qui comme toi et moi viennent d’un milieu ouvrier, (mon père était chauffeur, livreur) et en sont sortis vers des boulots plus « intellos ». Encore que comme « instit » je ne me considère pas comme très intello , mais mon père, lui, a toujours souhaité que je ne fasse pas de boulot « manuel » allant même me faire embaucher à Rungis décharger les camions pendant les vacances. Après un mois où en rentrant, je ne songeais qu’à dormir, j’ai repris les études avec plus de foi paraît-il ! A bientôt, amitiés.
    Dom

    • 1238 réactions 8-9-2011

      Merci Dominique. Je propose que nous ne nous aventurions pas à définir ce qui fait un intellectuel. J’aime à penser parfois que je suis un intellectuel avec un imaginaire d’ouvrier. Peu importe. J’ai moi aussi passé quelques étés formidables à décharger des camions. Toi et moi savons donc toute la distance qui existe entre le travail de nos pères et celui que nous faisons. Et nous savons aussi que nous leur devons d’apprécier cette différence le cul sur une chaise et les mains lisses.

  10. 29 réactions 8-9-2011

    Une très belle photo de rue , vraiment une ambiance bien retranscrite ! et un très beau traitement !

    • 1238 réactions 8-9-2011

      Merci Jacques. Je ne savais trop où je m’aventurais avec ce traitement. Heureux que tu l’apprécies.

  11. 30 réactions 8-9-2011

    pretty street ! great processing in sepia !

    • 1238 réactions 8-12-2011

      Merci Mariana.

  12. 49 réactions 8-10-2011

    Ben oui, c’est comme ça avec le Passé.
    Mon grand-père était mineur de fond et j’ai passé ma tendre enfance à écouter ses récits sur la mine.
    Mais il m’a surtout appris, à sa façon, ce qu’est la Vie.
    Dans le contexte mondial actuel je pense souvent à Lui.
    Et je découvre qu’il avait raison sur de nombreux points.

    Alors je te comprend.
    Profondément.
    Merci.

    Bonne fin de semaine.
    Yvon.

    • 1238 réactions 8-12-2011

      Ton commentaire me touche, Yvon. J’ai passé pas mal de temps aussi à écouter d’anciens mineurs. Je leur ai consacré une série de reportages, il y a quelques années. Mais c’est une autre histoire. Mon père, quant à lui, a toujours été catégorique sur ce point : pas question pour lui de travailler dans la mine. Il avait heureusement ce savoir-faire dans la sidérurgie qui lui évita d’y descendre à l’instar de la plupart de ses compatriotes émigrés.

  13. 7 réactions 8-29-2011

    Mon épisode préféré! Et des textes qui nous mettent dans l’ambiance,extra!

    • 1238 réactions 9-1-2011

      Merci Ixbé. Je l’aime bien aussi cet épisode. Enfin ! Suis peut-être pas supposé me congratuler tout seul.

  14. 15 réactions 9-3-2011

    ce qui est beau avec l’écriture, c’est que les souvenirs se font malléables, et c’est important de les laisser aller quelque part, avant de les oublier. et c’est une belle lecture!

    • 1238 réactions 9-4-2011

      Eh bien, c’est l’effet recherché en tous les cas… mais je te jure bien que les souvenirs sont durs comme le béton quand je les convoque sur la page blanche.

  15. 1 réactions 10-12-2011

    dove sei?
    tu fais un signe?
    te racontes un peu?
    Virginie (Paris 18)

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