F Paris, Rue Mouffetard 01bisJe l’ai repéré de loin, titubant, descendant presque péniblement la rue Mouffetard. Je me suis dit que ce gars-là – avec sa gueule de Quasimodo new look, ses oreilles comme deux grandes mains supplémentaires, ce filet permanent de bave qui lui pointe des lèvres – devait savoir à ses dépens ce qu’était un gros rire imbécile et compensateur. Et cependant – ça m’épatera toujours – mais dans ce monde-là, il est possible de passer inaperçu, de demeurer totalement invisible à l’autre. La fille au téléphone ne s’est pas retournée une seconde et continuera donc d’ignorer l’existence de Quasimodo. Et lui ? Il a levé un œil sur elle, un regard magnifique où s’entrechoquaient enjouement et frayeur. Puis, il a repointé le nez dans sa bande. Et je crois bien qu’il s’est mis à se bidonner tout doucement.

  • Où : Paris, Rue Mouffetard.
  • Quand : 10 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D.

le 13 avril 2011 | rubrique Paris | 9 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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9 Réactions

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  1. 45 réactions 4-14-2011

    Photos superbes ! Commentaire poétique à souhait mais surtout, exprime tout à fait ce que l’on ressent en regardant la photo ! Envisage de faire une expo ! Vois avec Fabien pour Bruxelles !

  2. 4 réactions 4-14-2011

    un oeil entre deux oreilles…l’arbalète a décoché sa flèche!
    Pavillon clos, pavillon ouvert? sans l’oeil, le vent t’emporte.
    Marco veille entre les portes de l’éphémère. Encore…

  3. 28 réactions 4-14-2011

    Un cas d’exclusion encore, c’est quand même souvent les femmes qui dans tes photos ignorent « l’autre ». Ce n’est pas voulu j’espère.

  4. 35 réactions 4-14-2011

    Bien visé, cette rencontre rue de l’arbalète. Et ce petit bonhomme semble tout droit sorti de la comedia del arte.

  5. 2 réactions 4-15-2011

    Pauvre âme….
    C’est vraiment bien capté! A la seconde près. Les chemins qui se séparent et le filet de bave qui coule inexorablement. C’est ce qui m’épate le plus dans ta photo (le timing, pas le filet de bave, quoique…).
    La Belle et la bête ne se rencontrent décidément que dans les contes pour enfants, dans la vraie vie ils évoluent définitivement dans des mondes parallèles.

  6. 51 réactions 4-17-2011

    Salut Marco et merci pour ton passage chez moi. Beaucoup de poésie et d’humanité dans tes photos que je découvre une à une… J’aime !! A bientôt, Aurore.

  7. 30 réactions 4-20-2011

    Love this image. A young fashion girl on one side, and this man with health problems on the other side . Great contrast !

  8. 4 réactions 4-25-2011

    Un’immagineche dò un senso di inquietudine. Complimenti, ottima prontezza!

  9. 36 réactions 8-29-2014

    Salut Marco !

    Ignoré semble être le personnage présumé inaperçu à qui on accorde aucun crédit. Inaperçu comme de tout ce qui passe inaperçu, de tout ce qui n’est pas aperçu par le regard passif de l’autre. La vision indifférente est malvoyante. Courante, elle est ignorante. Elle paraît assujettie à l’obéissance d’insignifiantes apparences, placée en deçà du seuil de la perception ordinaire. Quant à la perception extraordinaire, placée au-delà du seuil de la perception ordinaire, elle ne court pas les rues ! Dans les rues, un se voit de trop, un autre se voit de peu, mais les deux sont insignes sur les pavés imposés par une société en mode « chosification ». L’inertie d’un regard accorde du crédit dans l’égale à tout. Elle promène sa neutralité grise conférant à chaque individu un côté insignifiant, pas essentiel, pas existant. Rien n’émerge jamais d’un regard lacunaire, au contraire, tout immerge dans l’inconsistance du quotidien, à la généralité de l’époque. À moins que ce soit le « rien » lui-même imposant le vide dans une vision uniforme, où un signe ne compte pas plus qu’un autre. Il y a du reste, dans le « rien », plus d’émotions d’instants, plus de douceurs de temps, plus de chaleurs de lieux ; comme si ces derniers cessaient d’être dans la réalité, cessaient de se trouver quelque part, cessaient de se repérer dans le temps et l’espace.
    As-tu déjà relevé dans les rues ? Certaines personnes se confondent avec les poteaux. Mais, l’inaperçu est parfois un acrobate dans l’animation de la vie. Il érige un mât dans le cirque du contemporain, lève les voiles et navigue à volonté. Il enrichit l’univers dans la flânerie vagabonde. Et glane la distraction. Et la disperse. Et dispense…

    Ta photo : une des toutes premières que j’ai découverte sur ton espace d’expressions. Elle ne me laisse pas indifférente, tout comme ton texte

    Salut Marco !

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