Je trainais sur les quais de Seine l’autre jour, lorsque cette libraire m’interpelle assez vivement. Je l’avais cadrée en passant et elle n’appréciait pas du tout que je lui subtilise le portrait. Je me fixe. On palabre. C’est de l’effraction, qu’elle me fait. Du viol ! Bref. Si tu as pratiqué toi aussi la scène de rue, tu connais par cœur la teneur du débat. Tu la connais d’autant mieux si tu as un minimum de réflexion sur ta pratique, puisque – avoue-le – tu t’es posé les mêmes questions.

Je ne te ferai pas lanterner : cela s’est plutôt bien déroulé avec ma libraire en pétard. On a palabré une petite heure. J’ai encaissé ses reproches, ai tenté d’y répliquer et nous avons négocié finalement l’armistice en puisant dans mon paquet de brunes et en causant « méfait de la nicotine » et « vie chère à Paname ». Très bien. Mais tu le sais : cela ne se passe pas toujours de manière aussi civile.

Il est un fait patent : la photo de rue s’est toujours construite sur l’image de l’autre. Avons-nous quelque droit de nous approprier l’image de l’autre ? Légalement, des lois existent, confuses et contradictoires d’un pays à l’autre, qui autorisent et sanctionnent en fonction des circonstances. Peut-être es-tu plus compétent que je ne le suis en la matière et auras-tu envie de t’attarder un peu dans les commentaires. Pour ma part, je t’avoue cependant que l’aspect légal m’indiffère assez, qu’au-delà de ce qui est permis, interdit ou simplement toléré je calquerai plus volontiers ma pratique sur une dimension plus strictement morale.

Mais, moment ! Nous ne ferons pas la moitié du tour de la question sur trois ou quatre paragraphes. Et ça ne nous mènera à rien si je me contente de pérorer tout seul dans mon coin. Pour ma part, j’ai toujours eu de la difficulté à comprendre l’expression « déontologie personnelle ». Il me semble que la déontologie ne se définit que par rapport à une pratique patiente et commune. Je reviendrai donc sur cet argument. De ton côté, toi, tu en penses quoi ? Ça t’est arrivé également de te faire houspiller dans la rue ? Et tu as répondu quoi ? Raconte !

En attendant, un constat demeure : aujourd’hui, entre la vie chère, l’aliénation sécuritaire et quelques incidents nucléaires, la photographie de rue s’apparente bel et bien à une forme de délinquance.

  • Où : Paris, Quai de la Mégisserie
  • Quand : 28 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D

le 4 avril 2011 | rubrique Paris | Dis-le avant tous | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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