Je ne suis pas trop du genre à lister mes bonnes résolutions, à les aligner comme des fantasmes sur le fameux bloc-notes mental qu’on ne sort qu’à l’occasion de la nouvelle année et qu’on prend bien garde de ne jamais consulter par la suite. Je m’engage à faire ceci, à ne plus faire cela… Non mais, tu plaisantes ? De mon côté, j’ai envie plutôt de jeter un regard en arrière : ce sera pour saluer les modèles souvent involontaires de mes escapades photographiques.

Je ne sais plus quel photographe de rue déclarait qu’il ne connaissait pas ses modèles, puisqu’il les surprenait toujours sans leur demander leur consentement, mais qu’il finissait pourtant par les aimer comme de vieilles connaissances. L’image volée possède une syntaxe obscure. Entre tendresse et voyeurisme, ça se joue toujours sur le fil. Pour ma part, j’ai toujours veillé à mettre la curiosité et le respect de l’autre à l’avant-plan de ma pratique. Paraphrasant Terence, je dirais que rien ne doit m’être étranger qui appartient à l’humain.

Aussi, je tiens à rendre hommage aux deux demoiselles de l’image présentée ci-dessus. Je ne les connais pas, mais elles demeureront pour longtemps mes idoles. A travers elles, ce sont tous les inconnus qui ont titillé mon objectif que je tiens à saluer. Un salut aussi à ceux qui ont surpris et se sont fâchés de mon regard indiscret. M’ont-ils traité de voleur ? Je ne me suis pas dérobé lorsqu’il s’agissait de justifier ma pratique. Si je ne les ai pas convaincus, du moins espéré-je leur avoir montré que l’on peut être voleur et demeurer courtois.

[A toutes fins utiles - et quoique cet image ne s'y prêtait guère - je tiens à signaler que j'ai utilisé ici un script photoshop qui m'a fait gagner un temps fou lors du post-traitement et qui m'a été fourni par Mathieu Chatrain sur son blog "Stay in my brain". Un lien ? C'est ici.]

  • Où : Paris, Av. des Champs Elysées.
  • Quand : 1 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D.

le 10 janvier 2012 | rubrique Paris | 58 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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58 Réactions

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  1. 9 réactions 1-19-2012

    … »rustiques et de fantaisie »:un bout de pas trop pour cette cliente aux regards de braise, dans son manteau sombre …elle n’est qu’au début de l’attente….
    ..j’envie toujours les gens qui arrivent à photographier ainsi : la rue..je suis trop timide pour cela.. alors chapeau Marco pour ce cliché instantané ….

    • 1100 réactions 1-19-2012

      Merci Manola. Pour la rue, il n’y a pas de mystère. C’est comme pour apprendre à marcher : on se jette et on encaisse. Puis, si tu veux tout savoir, le grand balaise en perfecto et au baratin facile que je suis, compte beaucoup sur la frime, mais n’en demeure pas moins un gigantesque timide.

  2. 32 réactions 1-19-2012

    Je suis chasseur de ces photos volées. Et pourquoi pas ? je me sens plus comme ces poètes qui ont célébré ces passantes apparues une seconde à la fenêtre de mon appareil et si vite disparues.
    J’ai par contre un peu de mal avec ces photos très travaillées, trop sans doute, avec ces visages lissés à tel point que la rue devient un musée Grévin où l’on ne voit plus que les apparences de personnes qui ont, un jour, vécu hors de la cire.

    • 1100 réactions 1-19-2012

      J’entends bien ton reproche et serait plutôt disposé à aller dans ton sens. Je ne l’ai guère évoqué ici, mais cela fait relativement peu de temps que j’ai abandonné les bains argentiques pour découvrir le Pt numérique. Je crois que j’avais besoin d’aller au bout de la démarche qui consiste à maîtriser le moindre élément en post-production. Mais tu as raison et ta comparaison frappe juste : ici, il semble en effet qu’on a relâché, puis dûment doté d’argent de poche, les poupées du musée Grévin.

  3. 28 réactions 1-20-2012

    Un bonjour amical en passant !

    • 1100 réactions 1-21-2012

      J’ai failli te manquer, Jacques. Mais je dois être passé déjà chez toi pour te rendre ce bonjour amical.

  4. 3 réactions 1-22-2012

    Moi ce que j’aime dans ce cliché c’est l’immobilité de cette femme au regard absent(ou plutôt intérieur…?) qui contraste avec son environnement très affairé.
    Merci pour vos commentaires, ils m’ont touchée.

    • 1100 réactions 1-24-2012

      Mais c’est moi qui te remercie : il y avait de l’éblouissement à me promener sur tes pages.

  5. 5 réactions 2-20-2012

    Tiens, je viens de visionner le reportage sur le droit à l’image et la photographie documentaliste. La fine limite entre le v(i)ol d’une intimité, l’envie de reportage, la cupidité des gens, le droit à l’image, la liberté de création artistique. Exercice toujours périlleux.
    Disponible sur Competence Photo : http://www.competencephoto.com/La-rue-zone-interdite-ou-la-difficile-question-du-droit-a-l-image_a1781.html

    • 1100 réactions 2-21-2012

      Merci pour ce lien. Trop à la bourre ces temps-ci, je n’ai eu l’opportunité de visionner que les dix premières minutes encore. C’est clair que je prendrai rapidement le temps qu’il faut pour décrypter le reste. Mon parcours de journaliste (engagé) m’a immunisé contre la crainte d’éventuels procès. Je me souviens avoir été retenu une grosse heure dans un combi de police après avoir shooté une série de portraits en situation de gardiens d’un centre de rétention pour demandeurs d’asile. Lesdits gardiens beuglaient fort, tandis que les bleus me retenaient, mais sans trouver un juge pour m’inculper. En finale, ils ont exigé que je leur donne ma pellicule : j’avais toujours dans ces cas-là un rouleau vide à leur filer. Évidemment, le truc ne fonctionne plus avec le numérique. Bon. C’était un cas limite. Aujourd’hui, il est clair que la photo de rue s’apparente à peu près à une forme de délinquance urbaine. Même combat que les tagueurs ? Quelle dérisoire foutaise ! Dans cette optique, c’est toute l’œuvre d’un Doisneau, d’un Ronis ou d’un Cartier-Bresson qui mériterait une censure rétrospective. Je demeure sur mes positions : vigilent à l’égard de la déontologie (en définitive, conscient que je pouvais éventuellement leur porter préjudice, je n’ai jamais publié les bouilles de ces fameux gardiens), bien avant de me soucier de la légalité.

      • 5 réactions 2-21-2012

        Plus loin dans le documentaire, il y a justement un passage avec Ronis qui raconte un procès qu’on lui a intenté, et qu’il a perdu. Il y a aussi la fille de Doisneau, et différents protagonistes racontant le changement de mentalité actuel.
        A l’ère du numérique, tu peux toujours effacer les images de ta carte et essayer des les récupérer logiciellement de retour chez toi. Je ne sais pas comment tu as réussi à refourger une pellicule vide !

        • 1100 réactions 2-21-2012

          Rien de bien compliqué. Si tu fais mine d’obtempérer, ces messieurs de l’autorité ne vont pas te jeter à terre avec un genou sur la nuque pour te surveiller. Tu as bien le loisir d’opérer la substitution. Tous les photo-journalistes que j’ai connus avait un film tout prêt dans la poche. Et, que je sache, personne n’a jamais songé à équiper les combis de police d’un agrandisseur. Pour ma part, je sévissais dans l’écrit, mais je passais tout de même mes clichés persos de temps à autres. Du coup, je glanais des trucs auprès des pros.

  6. 23 réactions 2-22-2012

    La dame au centre est un peu … intimidante. Comme tu le precises son regard est absent et non aggressif. Dommage que cela ne se voit pas plus. Je regarde tes pages depuis un mauvais ecran (oh sacrilege) donc je ne pourrais pas juger du fameux traitment.

    Quant au texte, entre poete et voyeur la frontiere peut etre delicate. Comme tu me l’avais dit lors de mes premiers essais de photos de rue, il y a avant tout le respect de la personne photographiee et comme tu le dis encore (decidemment je ne fais que te repeter) de la tendresse et … de la tendresse.
    L’equipement le plus utile que j’ai acquis en photographie est de tres loin une imprimante portable, bien plus important que l’appareil photo a mon avis. Meme si ce n’est pas aussi instantane qu’un polaroid, cela permet de partager rapidement la photo volee.

    J’aime le titre, l’humain est si complexe (ou alors il se complique tellement la vie, moi le premier) qu’il n’est pas rationnellement possible de l’apprehender. Et puisque la raison fait souvent defaut, il y aura toujours le coeur pour le comprendre et lui insuffler cette tendresse pour qu’il ne soit plus etranger

    • 1100 réactions 3-3-2012

      Bonne idée cette imprimante. Tu évoques aussi le Polaroïd : je me souviens d’avoir lu autrefois (à l’époque de l’argentique) que pas mal de grands reporters s’en dotaient justement pour laisser une trace auprès de leurs modèles. Il y aurait par exemple des cabanes remplies de ces instantanés dans je ne sais plus quelle contrée papoue. Sinon, je crois que tu as tapé dans la cible : il est impossible d’appréhender l’humain rationnellement, mais l’émotion compense.

  7. 6 réactions 5-10-2012

    Stolen photographs have a dark syntax … I like that. I think stolen photos should always be titled as such … so the viewer better understands the motiveof the photographer.

    • 1100 réactions 5-11-2012

      Sois le bienvenu sur ce blog Geoffrey. Content que nous partagions les mêmes motivations.

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