Tu t’es simplement assoupi sur le trottoir. Tu ne sais trop s’il vente, s’il va pleuvoir, s’ils ont indexé encore le prix du diesel ou si les touristes se sont pressés plus nombreux sur le plateau de Beaubourg cette année. Tu t’en fiches. Tu avais simplement envie de piquer un somme sur le trottoir. Tu ne sais pas davantage s’ils ont fini par faire la peau à ce sacré Saddam, à Ben Laden, à Kadhafi ou si tous ces gens-là sont redevenus copains. Tu t’en fiches également. Toi, ces oiseaux-là ne te font pas peur. Que pourraient-ils te faire ? Tu n’as pas besoin de mots, de débats télévisés, de buzz sur Youtube pour ranger tes billes. Et tu te fiches de ce qu’en pensent BHL, Zemmour et les autres claque-merdes. Ça se passe gentiment sur ce bout de trottoir. Tiens ! Tu t’en ficheras encore, mais j’admire ta résistance. J’admire un homme capable de s’endormir sur le trottoir en se foutant royalement de qui mène le grand foutoir. Parce qu’être libre, résister, aujourd’hui, c’est justement se foutre de collaborer et refuser d’avoir peur.

  • Où : Paris, Beaubourg.
  • Quand : 7 août 2010.
  • Appareil : Canon Ixus 100 IS

le 22 juin 2011 | rubrique Paris | 20 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

Web PARTAGER: TwitterFacebookLinkedinViadeoTechnoratiDeliciousDiggRedditStumble UponGoogle BookmarksWikioEmail
Sujets :

Vous aimez le travail de Marco ? Ne ratez plus rien, abonnez-vous par Mail ou fluxFeed RSS.

20 Réactions

Photoblog Awards
  1. 45 réactions 6-22-2011

    Photo qui interpelle ! Un être humain, vraisemblablement SDF, qui a perdu toute dignité, par malheur ou par choix ! Cela doit-il vraiment exister à une époque de surconsommation où le gaspillage règne en maître. Honte à nous, humains dégénérés !

  2. 33 réactions 6-22-2011

    Encore une fois je ne peux que saluer ton sens du cadrage – d’autant que pour ce que j’ai compris de ta pratique tu n’as guère le temps de t’installer tranquillement pour mûrir ta composition et la mettre en place… Cette coupure du sujet apparent, ce décentrage radical et la place que tu ménages à l’espace, au vide, nous fait sortir de la « bête » photo témoignage pour nous plonger dans un abîme de questionnement. D’où tombe-t-il ce clochard céleste, sapé comme un milord, dont la barbe et la couleur de peau nous renvoient à Kipling? Son index pointe on-ne-sait quel néant, le nôtre sans doute, mais plus loin: celui de son frère Bouda, du discours, du sens, de l’Homme?
    De l’art délicat de l’ouverture – en photo comme ailleurs…

  3. 4 réactions 6-22-2011

    Très belle photo le cadrage est vraiment parfait. Quant au personnage, sa veste de costume et sa chemise pourraient porter à confusion s’il y avait pas cette barbe, ce visage marqué et j’en passe…
    Toutes mes félicitations aussi et surtout pour ton petit texte piquant à souhait.

  4. 30 réactions 6-22-2011

    Wow.. what a capture .. what an experience you had seeing this man on the street . He looks like an actor… see his jacket, his white shirt … he does not look like a homeless… maybe he had a party somewhere, got drunk and thought he would be able to walk home, but he felt down and fell asleep … oh, my stories and my imagination …anyway – very strong and wonderful image that invokes everybody to think about possibilities …

    Regards . M.

  5. 13 réactions 6-23-2011

    Une photo qui interpelle. Le cadrage est sublime ! Je te souhaite une agréable journée
    JP

  6. 34 réactions 6-23-2011

    Joli shot de cet homme hors de la société omniprésente mais dont la priorité est de pouvoir manger quelque chose et de se foutre éperdument de ce qui l’entoure ,est ce la société qui ne veut plus de lui ou lui qui ne veut plus de la société

  7. 38 réactions 6-23-2011

    Peut-on parler de liberté lorsqu’elle ne vous laisse que le choix de s’affaler sur le pavé, en prise directe avec l’indifférence de ses semblables bipèdes qu’un homme à terre n’émeut même plus ?
    Foutue société, glacée comme une banquise … ou un trottoir !

  8. 5 réactions 6-23-2011

    Le titre m’a mis les larmes aux yeux, c’est rare mais encore une fois, posée sur tes pages, je reste émue et je me laisse entrer dans l’image (à moins que ce ne soit elle qui me pénètre ?).
    ce qui attire mon regard, immédiatement après cette « uomo (troppo)libero », c’est cette unique petite feuille morte qui est posé là…tombée des branches de sa vie, comme pour la métaphore terrible de l’image.
    Un cadrage très intime pour une atmosphère très forte.
    Bises

  9. 49 réactions 6-24-2011

    Nous sommes au XXIè siècle.
    Triste.
    Bon week-end.
    Yvon.

  10. 51 réactions 6-25-2011

    Quelle photo coup de poing. Son expression presque sereine détonne et nous rend la scène plus supportable – nous permet peut-être d’entrer un peu moins douloureusement dans la photo. Puis cette veste bouleversante dans sa dignité obstinée, malgré tout… Comme ce parallèle avec la feuille morte… J’aime tout particulièrement ton choix de composition, comme s’il allait bientôt sortir du cadre, loin de nos yeux. Nous ne les voyons presque plus… et pourtant se forcer à regarder (photographier aussi donc) puisque c’est bien une partie de notre humanité à tous qui s’éteint sur les pavés.

  11. 1 réactions 6-27-2011

    Bonjour,
    De belles photos pour celle-ci touchante et si réelle de nos jours, il en ressort une tristesse tu sais bien rendre les expressions..
    bravo pour toutes tes prises.
    Marie

  12. 7 réactions 6-28-2011

    Photo très forte, comme d’habitude.
    Est-ce là le prix de la liberté ?
    Bonne soirée,
    Antoine

  13. 5 réactions 6-29-2011

    Beautiful framing here. It makes me think of how his day has been.

    Very nice!

  14. 15 réactions 7-2-2011

    je pense que c’est l’esprit qui meurt tout d’abord, à ceux qui ne vivent que pour le tam tam persistant de la non-existence. pour l’homme libre, c’est seulement le corps qui se résoud à lâcher-prise.

    (très belle photo, et aussi le texte)

  15. 13 réactions 7-3-2011

    I could have so much to say…but I’ll just add that this image is simply raw..

  16. 23 réactions 7-7-2011

    Sous les paves, la plage !
    Et au dessus la pesanteur de l’etre.

  17. 5 réactions 7-8-2011

    Une scène vraiment poignant. Et une belle composition.

  18. 33 réactions 8-18-2011

    Quel abandon, dans tous les sens du terme, et j’aime ta compo qui laisse une large place aux pavés, respecte la distance, et augmente l’émotion humaine…

  19. 1 réactions 3-10-2013

    croyez vous que dormir par terre ai un quelquonque rapport pour cet homme avec la liberté et la résitance?
    je pense que votre image se suffit à elle seule, elle nous dit des choses, mais ce texte gâche tout…

    • 1238 réactions 3-10-2013

      Bonjour Marie. Je ne sais plus pour quelle raison, je m’étais abstenu de répondre à mes visiteurs sur cet article. Ils me pardonneront, mais il me semble important de répondre à ton intervention. Il est bien évident que je ne crois pas, ne prétends pas, n’ai pas davantage écrit, que dormir par terre ait le moindre rapport avec la liberté ou la résistance. J’espère que mes lecteurs auront admis que si j’ai jamais pensé ce genre de sottises, je ne devais pas être bien loin alors de mon sac de billes et de mes culottes courtes. Je suppose qu’une image peut – devrait peut-être – se suffire à elle même, mais ce n’est pas le parti de ce blog. J’y affirme dès l’avant-propos que je suis écrivain et non photographe et que mes images d’amateur ne sont que prétextes à nourrir le texte. D’un point de vue strictement textuel donc, j’affirme qu’on ne peut honnêtement se permettre de parler que pour soi-même. Il n’est donc en aucun cas question de parler ici pour cet homme. Ce serait indécent de mon point de vue et je suis bien convaincu par ailleurs qu’il se fiche absolument de mes errances littéraires. Ceci posé, tout expérience textuelle est nécessairement la rencontre de deux subjectivités : je conçois donc et accepte sans amertume que tu ne sois pas en accord avec ce que j’ai écrit.

flux rss commentaires de ce billet

Laisse quelques mots - Say something - Scrivi

Notifiez-moi des commentaires à venir via email pour ce billet précis. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.