Il y a eu un temps – si tu creuses loin, profond – où l’on ignorait ce que c’était que d’être malheureux, où chaque larme versée apportait illico sa consolation. Et l’on se satisfaisait de cette consolation, on faisait parfois semblant, mais c’était bon à prendre quand même : on savait qu’on n’était jamais seuls, que rien ne saurait arriver que nous serions contraints d’affronter sans aide. Et puis, l’âge filant, il a fallu que nous revendiquions comme une chose secrète et précieuse nos envies de solitude. Cela paraissait la chose à faire absolument à l’époque. C’était dans la logique des choses. Je ne sais pas toi, mais rien ne m’a plus passionné dans la vie que la découverte et l’affirmation de la solitude. Seul au monde ! Il n’y a pas plus singulière et tragique et jouissive affirmation que celle-là. Et cependant, j’aimerais questionner quelquefois ce détachement. Revenir au temps où chaque larme comptait et méritait sa consolation. Parce que, en somme, que l’on soit l’enfant qui pleure ou l’adolescent qui se rebelle, on ne peut se contenter de cette vie-là que si l’on se prend pour le centre du monde. Et l’adulte sait qu’il n’y a que l’enfant consolé par sa mère qui ait jamais été le centre du monde. Ensuite, tout est déclin, reniflements, illusions.

  • Où : Paris, Place St Sulpice.
  • Quand : 9 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60d.
  • Ouverture: ƒ/4.5
  • Credit: Marco Carbocci
  • Focale: 26mm
  • ISO: 160
  • Vitesse d'obturation: 1/400s

le 16 février 2012 | rubrique Paris | 37 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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37 Réactions

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  1. 20 réactions 2-16-2012

    J’ai trouve la lumiere trop dure pour une scene qui demandait de la tendresse. Je me suis alors console dans le tres beau texte (-;

    • 1084 réactions 2-16-2012

      Oui, je comprends. Je suis moi-même habitué à la voir avec une lumière beaucoup plus douce, puisque c’est une image que j’ai faite il y a un an et que je ne lui ai appliqué ce traitement plus rude que cette après-midi. Mais j’assume : c’est bien ainsi que je vois la scène.

  2. 37 réactions 2-16-2012

    Je trouve ce tirage N/B sublime et bien dosé.
    Je crois que tu as trouvé la bonne carburation.
    Bravo, Marco.
    Bonne fin de semaine.
    Amicalement.
    Yvon.

    • 1084 réactions 2-17-2012

      Merci, Yvon. Ce sera toujours affaire de goût bien sûr, mais pour ma part je tiens le réglage carbu qui me convient.

  3. 20 réactions 2-16-2012

    Le contraste et la luminosité me paraissent travaillés aux petits oignons et donnent à ce noir et blanc une lisibilité optimale.

    Quant au texte, il est d’une lucidité à la fois douloureuse et merveilleuse, merveilleuse parce qu’il ramène aux toutes premières années, celle d’avant l’abandon, celle d’avant le passage de l’objet au sujet.

    • 1084 réactions 2-17-2012

      J’aime l’idée de l’abandon et celle du passage de l’objet au sujet. Mais ne sont-elles pas contradictoires ? Et si cet abandon était un accomplissement ? Il y a de toute manière quelque chose de faussé dans la réalisation de la condition humaine. On se détache pour se réaliser, on met de la volonté, de l’enthousiasme et de la rancœur dans ce détachement et on finit par croire à l’abandon.

      • 20 réactions 2-17-2012

        Tu as tout à fait clairement décortiqué cette « contradiction » !

  4. 19 réactions 2-17-2012

    affascinante interpretazione in bianco e nero, mi piace la naturale attenzione descritta nella foto

    • 1084 réactions 2-17-2012

      Merci Fabrizio. Je crois que le N&B donne de l’intemporel au geste maternel.

  5. 33 réactions 2-17-2012

    Je ne suis en aucun cas qualifiée pour juger la photo mais je trouve que le contraste entre le gris des pavés et tout l’amour de la mère est stupéfiant !

    • 1084 réactions 2-17-2012

      C’est dû, je pense, à cette lumière dure que stigmatisait (gentiment) Hamingja. C’était une manière, selon moi, d’isoler le couple formé par la mère et l’enfant.

  6. 26 réactions 2-17-2012

    En creusant profond, à ton invitation, j’arrive à ne pas être en accord avec ton propos :-)
    Autre chose (quoique…) : je viens de finir le livre de Declerck, Les Naufragés. Une manière de remettre les pendules à l’heure et l’église au milieu du village.

    • 1084 réactions 2-17-2012

      Mon propos – qui est plutôt une proposition – n’a rien de péremptoire. J’aime qu’on ne soit pas d’accord. Je tiens absolument à ce qu’on me contredise. Alors, tu avances prudemment les « Naufragés » et c’est vrai que ce n’est pas totalement hors de propos. Le fait est – c’est déplorable, non ? – que je parviens à énoncer de la solitude et de l’exclusion même en montrant de l’amour maternel.

  7. 1084 réactions 2-17-2012

    Ah ? J’ai ficelé ça en deux minutes. Si ça touche, je vais peut-être me fier davantage au spontané désormais.

  8. 8 réactions 2-17-2012

    A beautigul and gentle moment. The child weeps, the mother comforts. We are reminded of our own youth.
    Un moment beautigul et doux. Les enfant pleure, la mère réconforte. Nous nous souvenons de notre propre jeunesse.

    • 1084 réactions 2-21-2012

      Et nous nous souvenons du réconfort. Où est passé le réconfort ?

  9. 40 réactions 2-17-2012

    Joli geste maternel et n&b !
    Pour le reste, il me semble que nous faisons l’expérience de la solitude tout petit déjà, et que la consolation, si consolation il y a, ne change pas grand chose : les parents ne comprennent jamais vraiment les chagrins des enfants. Et en même temps, l’indifférence est pire que tout.

    • 1084 réactions 2-21-2012

      Tu as raison… mais la consolation, aussi déplacée soit-elle, nous immunise au moins contre l’indifférence.

  10. 17 réactions 2-18-2012

    Et quand tu deviens à ton tour mère, tu deviens le monde et tes enfants l’unique centre qui te nourri. Mais alors le coeur de ce monde s’éclate, se couvre de son écorce pour se projeter dans son propre univers. La douleur de cette déchirure dans nos tissus d’amour est violente. On crie à l’injustice, au non retour des choses, on crie dans un silence amer. Et puis, l’enfant que l’on était n’a plus sa mère pour comprendre et consoler ses larmes et l’injustice est encore plus forte. Je lui ai tout donné !!! Plus que j’en ai reçu !!! Alors pourquoi ??? Il n’y a de réponses satisfaisantes, toutes formes de logique s’excluent de cette douleur. Un noyau dur à digérer. Une nouvelle épreuve à laquelle encore une fois, on n’a pas été préparé. Parce que finalement, on est jamais préparé à rien. La première fois de sa vie où l’on prend vraiment conscience de n’être ni un centre, ni un monde, juste une partie d’un centre et d’un univers qui gravite sans se préoccuper de nos êtats d’âmes et que l’on pourrait appeler « la vie ».
    Nathalie

    • 1084 réactions 2-21-2012

      C’est joli ce que tu dis là, Natalie. Tu renverses la perspective et c’est redoutablement convaincant. Oui, la vie ne mise rien pour nous et rien contre nous. C’est juste de la vie, que nous y prenions part ou non.

  11. 22 réactions 2-18-2012

    Un texte ficelé en 2 mn, signe d’un acquis issu de l’expérience et de la pratique car je le trouve très bien aussi !
    Quand à la photo, même si je trouve l’ensemble un peu serré (un peu d’espace en bas et à gauche lui ferait du bien je pense) j’adhère bien au traitement qui lui donne cette facilité pour la lecture.
    Bref, du bon boulot !

    • 1084 réactions 2-21-2012

      Comme toujours, je me tiens à deux pas, je m’engage dans la scène : en tendant à peine le bout des doigts, je touchais mes personnages. Et je shoote en mode spontané… ce qui m’oblige après coup à redresser pas mal de perspectives, perdant énormément de champ. C’est un choix assumé, mais je réalise en effet que parfois ça étrique vachement le cadrage.

  12. 22 réactions 2-19-2012

    Et c’est sans doute pour pallier un narcissisme défaillant que l’on écrit ou que l’on peint…j’aime beaucoup la tendresse de cette image!

    • 1084 réactions 2-21-2012

      S’agit-il réellement de narcissisme ? Sais pas. C’est une manière en tous les cas de questionner la condition humaine. Écrire compense parfois. Pas toujours.

  13. 24 réactions 2-19-2012

    Un très beau texte qui accompagne une image que j’aime beaucoup, j’aime les N&B contrastés même si on perd parfois un peu sur la gamme de gris :)

    • 1084 réactions 2-21-2012

      Il y a peu de couleurs – est-ce d’ailleurs une couleur ? – qui me débectent comme le gris. Mais je reconnais bien sûr qu’il s’agit là d’une interprétation très partisane du réel.

  14. 37 réactions 2-19-2012

    Bonne semaine, Marco.
    Amicalement.
    Yvon.

    • 1084 réactions 2-21-2012

      Bonne semaine à toi aussi, Yvon.

  15. 1 réactions 2-22-2012

    a lovely moment captured

    • 1084 réactions 3-3-2012

      Thanks, Krunal.

  16. 34 réactions 2-25-2012

    Tres beau travail de street photo j aime beaucoup
    excellent week end à toi

    • 1084 réactions 3-3-2012

      Content que mon image te parle, Noël.

  17. 32 réactions 3-2-2012

    « Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »
    Romain Gary (La promesse de l’aube)
    http://fiatlux.lasiate.com/index.php?showimage=221
    Tout passage à l’âge adulte est une lutte pour vivre sans cet attachement qui mérite bien son nom. Se détacher , ouvrir ses ailes quel bonheur et que de risques ! être mère est ce toujours avoir peur? être fils est ce toujours vivre à l’abri de cette peur? En tout cas il y a toujours beaucoup de violence dans cette dépendance affective. Oui je trouve que ton image par la violence du traitement montre bien cette violence même si beaucoup veulent de la douceur.

    • 1084 réactions 3-3-2012

      La citation de Romain Gary et ton commentaire semblent prendre le contre-pied de mon texte, mais je crois que ce n’est d’abord qu’un détail de focalisation et je suis parfaitement en accord avec toi. Intuitivement en effet, c’est bien dans ce sens que j’ai poussé le traitement de cette image.

  18. 3 réactions 3-9-2012

    Superbe scène qui transmet bien le rapport mère/enfant dans ce genre de situation !

    • 1084 réactions 3-14-2012

      Merci Briesing.

  19. 50 réactions 3-16-2012

    What an incredibly beautiful and tender image. The caring atmosphere you’ve captured is enhanced by the fact that their faces are invisible. Many compliments on this wonderful photograph!

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