Rue de Verneuil, le repaire du défunt Serge Gainsbourg a des allures de sanctuaire. Des curieux, des touristes stationnent en permanence sur le trottoir opposé, commentent les graffitis, font des clichés, mais on ose à peine traverser la chaussée. Comme s’il fallait regarder de loin et se taire. Et tout se passe en chuchotant, en se frôlant, en fredonnant tout doucement.

Moi ? Je m’en activerais bien une in memoriam, mais je peine à mettre la main sur mon zippo. Cet homme aux cheveux grisonnants s’empresse de m’offrir du feu. Si tu as passé trois minutes de ton existence à Paris, tu sais que personne ne t’y offre spontanément du feu. Sans malaise, j’identifie donc le touriste. « C’est la maison de…, » commence-t-il. L’élocution lente et raffinée du britannique qui sait à peu près le moyen de combiner trois phrases en français.

Je le laisse venir, tandis qu’il cherche des mots. Le voilà qui renonce et se met à fredonner. Je suis là, comme un bénêt, à écouter ses « Nanana Nanana », qu’il rythme d’un vieil index voltigeur. Je ne reconnais pas la mélodie : ça ne doit pas se nananiser pareil en anglais. Puis, vient le refrain et l’autre se met à couiner : « Je vais et je viens… je vais et je viens », avec les mouvements du bassin en correspondance. Ici – tu visualises un peu la scène ? –  je dois crisper les lèvres pour me retenir de rigoler.

« Ah, monsieur… », s’émeut soudain la visqueuse sur ma gauche : trois quart de siècle bien pesés dans les varices et le goitre. « Ah ! Monsieur… », qu’elle fait donc.  « Je vais et je viens », lui répond l’autre. Elle a quasi la larme à l’œil, la rombière. Et la voilà qui reprend des « Lali Tralala » de concert avec le britannique. Et ce sont à présent deux antiques  polaroids des Sixties qui se dandinent et marmottent un inquiétant « Je t’aime… moi non plus » devant le 5bis de la rue de Verneuil.

Alors, je fais comme ce bon vieux Saint Pierre avant le chant de son foutu coq : on me demande si c’est bien la maison de Serge Gainsbourg. Et je réponds : « Sais pas, M’sieur. J’étais pas né. »

  • Où : Paris, Rue de Verneuil.
  • Quand : 3 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D

le 8 avril 2011 | rubrique Paris | 1 commentaire | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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Une réaction

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  1. 51 réactions 4-17-2011

    Un plaisir de te lire, très jolis mots sous ce lieu de mémoire et d’émotion. J’y passe de temps en temps regarder les murs bariolés de messages d’amour – c’est beau & touchant toutes ces couleurs sur la pierre à l’ombre du grand Serge.

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