Tu fais ce que tu peux. Tu essaies. Tu t’accroches vraiment. Ça ne suffit pas, qu’on te dit. Ça ne suffit jamais. Alors quoi ? Rêve un peu. Compense. A quoi bon ? Rêve, te dis-je. D’apaisement, d’ailleurs. Fouille ces mondes en toi : ceux que tu t’imaginais parcourir un jour, ceux que tu te contentais d’inventer, puis que tu laissais là avec un petit rire embarrassé. Il y avait trop de sentiments, trop d’espoir dans ces mondes-là. Trop de douceur pour qu’ils ne soient viables. Mais quel dieu, quelle administration, quelle ignoble sanction t’interdisent d’en rêver ? Rêve, te dis-je. A quoi bon ? relances-tu. Je comprends. Tu fais ce que tu peux. Tu essaies. Je comprends et je reste avec toi. Alors, ne rêvons pas. Oui, renonçons. Contentons-nous de nous assoupir tranquillement et sans rêve. Restons là. Plus un geste. Et que cette défaite et cet abandon soient notre cri, notre insolence. Qu’ils soient gifle et reniement et prière. Jusqu’à ce qu’ils nous soulagent enfin de cette vie.

  • Où : Paris, Quai du Louvre.
  • Quand : 3 mars 2011.
  • Appareil : Canon Eos 60D.

le 12 mai 2011 | rubrique Paris | 34 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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34 Réactions

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  1. 23 réactions 5-12-2011

    rever, rever … ou s’eveiller et alors vivre.

    L’abandon oui, quand on a atteint le point de rupture a s’etre voulu trop fort et que meme les reves ne suffisent plus

    (du coup je trouve ton texte bien plus fort que la photo qui reste quand meme une belle photo)

    Du coup (bis) :
    Rever, vivre, ecrire, photographier m’ammenent a un questionnement un peu plus general:
    La photographie serait-elle un substitut a l’ecriture (ici non puisque photo et texte vont de paire), l’ecriture un substitut a la vie ?
    Ou bien, l’ecriture serait-ce vivre par procuration de multiples vies quand on en a qu’une et la photographie d’autres mots pour les vivre ou les rever ?

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Écrire compense. Mais, pour moi, il y a davantage projection que substitution. Projection, mais à condition qu’elle s’alimente elle-même du vécu. je n’écrirai jamais une ligne sur ce que je n’ai pas éprouvé le plus intimement. Quant au rapport entre écriture et photographie, je creuse encore, mais tranquillement, car je pense que je vais trouver. Ici, cette femme avait besoin, je crois, que l’on dise des choses. Ou alors, avais-je besoin de dire, incapable d’intervenir autrement ? Tout demeurera toujours foutuement subjectif. Et l’on finira peut-être par l’admettre et en vivre quand même.

      • 23 réactions 5-12-2011

        merci pour ta reponse.
        Je n’avais pas pense a projection au lieu de substitution.

        Oui tout sera subjectif car on ne peut que voir a travers la lentille deformee de notre objectif, de nos yeux, de notre coeur, de notre vecu (j’ai l’impression de balancer des banalites). Et c’est peut-etre tant mieux car on voit toujours plus clair quand on voit a travers ses sentiments qui sont la raison de cette deformation. (enfin c’est mon point de vue)

  2. 10 réactions 5-12-2011

    Le contraste entre les jambes que l’on devine derrière les grilles et cette dame luttant contre le froid, le froid du monde alentour, est saisissant. Deux mondes qui s’ignorent. Les illusions qui font marcher d’un côté. La fin des illusions de l’autre.

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Sur une autre version, j’avais aussi des visages. D’honnêtes et terribles visages de touristes qui se réjouissaient de bientôt se photographier mutuellement devant Notre-Dame. J’ai opté pour cette version-ci finalement. Les visages disaient trop : c’en devenait indécent.

  3. 2 réactions 5-12-2011

    Ouais … ou alors plus simplement … faudrait juste installer plus de banc public.

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Voilà ! On le saura à présent, frérot : le cynisme, c’est de famille. Le cynisme attaque et protège. Mais sur ce coup-là, je n’avais pas envie de me sentir protégé.

  4. 1 réactions 5-12-2011

    un moment bien saisi,j’ai le même ressenti que pixeluz.

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Merci Rayan. Je dois dire – ne lui répète pas – que le commentaire de Pixeluz, et donc le tien, m’ont fort touché : ils disent en somme ce que je ressens moi-même et que j’ai voulu montrer devant cette scène.

  5. 51 réactions 5-12-2011

    J’aime bcp tes mots Marco et le commentaire de Pixeluz aussi, je vois la même chose. Cruelle cohabitation dans ces rues si denses qui, finalement, disent tout ou presque si l’on veut bien regarder.

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Les rues disent tout ! Merci Aurore : je devrais afficher cette phrase comme une sorte de devise pour ce blog.

  6. 35 réactions 5-12-2011

    Mais qu’est-ce qu’elle fait là cette petite dame si proprette, avec son mignon chapeau et ses jolies bottes ? Pourquoi semble t’elle assoupie en serrant son grand sac ? Pourquoi sur ces escaliers là ? Est-ce un crayon qu’elle tient en main ? Je trouve cette image très belle et très intrigante… J’ai envie de lui demander, de savoir si elle est seule, si elle va bien… Cette image, cette femme, me touchent.

    • 1238 réactions 5-12-2011

      C’est justement l’écart entre l’attitude de cette dame et ses frusques qui m’ont d’abord intrigué, Catherine. Avec son petit chapeau années ’40, le sac et le manteau à col fourré, on l’aurait crue sortie toute droit d’un Paris qui a cessé d’exister… ou qui s’est assoupi avec elle.

  7. 26 réactions 5-12-2011

    J’ai un peu de peine avec cette lecturophoto…pour des raisons uniquement personnelles – donc, exceptionnellement et parce qu’il n’est pas toujours possible ni utile de fournir l’effort de se distancer ponctuellement d’affects polluants – je vais volontairement quitter la scène du crime et faire comme Abby Sciuto (bon…euh…là il faut suivre NCIS)

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Euh… pas de souci… c’est très bien de faire comme Abby Sciuto. Ceci dit, ne possédant pas la télé, je suis bien forcé de te le demander : elle fait quoi exactement Abby Sciuto ?

  8. 30 réactions 5-12-2011

    Wonderful framing and capture, Marco . I would do the same as this lady when rumbling through my purse and cannot find what I am looking for .. 😉

    • 1238 réactions 5-12-2011

      Thank you Mariana. I am afraid it’s not just in his « purse » that this lady can not find what she is looking for. Then, I do not really recommend you to make like her : Paris obviously is not Canada, but the winters are not so clement.

  9. 34 réactions 5-12-2011

    Encore un exemple malheureux de ce que la société moderne peut apporter en terme de laisser pour compte ,sur le bord de la route
    Noel

    • 1238 réactions 5-14-2011

      Merci d’être passé, Noël. Encore une belle salve de graffitis bordelais sur ton blog. J’invite tout le monde à y jeter un œil.

  10. 19 réactions 5-13-2011

    la luce crea una cornice veramente speciale e gradevole in questo b/n

    • 1238 réactions 5-14-2011

      Grazie Fabrizio. Difatti, avevo in mente di lavorare sul contrasto tra ombra e luce. Sono felice che funzioni.

  11. 3 réactions 5-13-2011

    great image, BW, with strong message …

    • 1238 réactions 5-14-2011

      Thank you for your intervention Klaudia and welcome on these pages. I had only too little time to comment these days, but I discovered the luxurious universe of your blog and promises you to return there very soon.

  12. 50 réactions 5-15-2011

    What a powerful image! I love the composition and the fact that only the legs are visible of all the other passers by. The women seems isolated in her own world. Lighting and black and white treatment are excellent too. Bravo!

  13. 5 réactions 5-16-2011

    Une image très touchante en effet… Mais une très belle photo ! Je te souhaite une agréable journée 🙂

  14. 18 réactions 5-16-2011

    Mi colpisce la presenza delle persone in secondo piano.
    Mi piace come riesci sempre a contrapporre ‘la massa’ al protagonista delle tue foto.
    A volte sembra quasi che nascondi questo aspetto: in questo caso le persone dietro la ringhiera sembrano inquadrate lì per caso, ma sono convinto che non è così.

    Ciao!

    P.S: ovviamente anch’io amo le moto, stile Harley D. o Moto Guzzi…

  15. 12 réactions 5-16-2011

    photo, regard, photo, marche, photo, misère et photo !

  16. 9 réactions 5-18-2011

    Le rêve est une évasion. Une photo bouleversante…

  17. 38 réactions 5-18-2011

    Plusieurs fois, je suis passée, lire, relire tes mots, les mots d’espérance insondable au bord d’un escalier gris, à même le trottoir où se fomentent les colères et révoltes de ceux qui ne rêvent plus.

  18. 7 réactions 5-18-2011

    Bonjour Marco,
    Superbe photo.
    Les barreaux, l’escalier qui descend….
    Serait-ce le début de la descente aux enfers ?
    Ou uniquement un repos avant la découverte de Paris ?
    bonne soirée,
    Antoine

  19. 5 réactions 5-19-2011

    Une photo très émouvante. Et un beau texte.

  20. 17 réactions 5-19-2011

    Nos sociétés sont capable du pire comme du meilleur, en voilà encore une triste réalité. la cohabitation de deux mondes, séparation par la grille etc… la réaction de Pixeluz très pertinent en effet, la symbolique de « la descente » des escaliers, la tenue vestimentaire « d’une autre époque » comme le rappel de certaines valeurs perdues, d’une période révolue ? Un texte toujours aussi inspiré, Bref…beaucoup d’attrait à cette prise de vue ! Du bel ouvrage !! Bonne soirée

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