Et si un regard par la fenêtre... Marco Carbocci | Photographies de rue

102 - A l’est d’Aataentsic.

Posté par le 30 janvier 2013 dans Ailleurs | 32 Réactions

A l’est d’Aataentsic.

Un jour, traçant sur la piste amérindienne à Weymontachie, j’ai rencontré un ours. J’étais en compagnie d’une jeune autochtone de la nation attikamekw, nommée Marie. Marie n’avait pas vingt ans et me menait par la main comme on mène un enfant, un petit vieillard. Elle me disait : regarde ici, regarde là. C’était agréable d’apprendre et de se laisser guider. Alors, l’ours a surgi devant nous et j’ai commencé à comptabiliser mes morts. Qu’est-on supposé faire lorsque l’on tombe nez à nez avec un ours ? Il était là, à dix, quinze petits pas à peine. Je...

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101 - Fête de l’Humanité.

Posté par le 17 janvier 2013 dans Paris | 24 Réactions

Fête de l’Humanité.

Un jour, m’arrachant inopinément de rêveries apaches, j’ai relevé la présence de ces deux dormeurs devant la sortie du métro à Lamarck-Caulaincourt. Sans les voir, j’étais passé cent fois dans les parages. C’est qu’on avance parfois et on se confronte aux autres comme on se torche. Ou alors, on trace en terrain précaire, bardé de trop de colères, d’infinies certitudes. J’ai des certitudes et j’ai des colères plus vieilles que le vent et je ne me soucie plus par-moments de ce qu’elles combinent et remuent dans leur bande. L’écœurement également est une...

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100 - Oui (en haut et très à gauche).

Posté par le 5 janvier 2013 dans Paris | 30 Réactions

Oui (en haut et très à gauche).

Ce n’est pas parce que j’aurais – paraît-il – vaguement frôlé le sapin, ces temps-ci, que je me réjouirai davantage de prendre une année supplémentaire dans les dents. Je n’ai jamais trop capté la benoite allégresse qui agite les masses en ces périodes de fêtes. Ça doit me venir d’un vice de fabrication : je ne suis décidément pas dans l’ambiance. Ceci posé, opportuniste, je taquinerais volontiers cette belle unanimité « gangnam style » pour relancer du discours qui me tient plus à cœur. On me demandait ces jours-ci si je suis favorable à l’égalité...

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99 - LE CENERI DEL PADRE : 11. Mio fratello è figlio unico.

Posté par le 7 novembre 2012 dans Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 28 Réactions

LE CENERI DEL PADRE : 11. Mio fratello è figlio unico.

Enfant, je pouvais me montrer quelquefois prépondérant et vindicatif dans mes jeux avec mes frères. J’étais l’aîné : c’est une place qui se défend chèrement. Mais je n’étais pas compétiteur. Je ne l’ai jamais été. J’ai conçu d’emblée ce que la compétition avait de mesquin et d’irresponsable. Que ça n’avait pas de sens de courir sans prendre le temps de considérer vraiment les choses et qu’on ne considère vraiment les choses qu’en se plaçant à la même hauteur que les autres. Tout môme, j’appréhendais d’instinct que c’était affaire de priorités, de valeurs. Et je sais que ce mépris juvénile de toute compétition, de toute performance individuelle, a fait de ma vie ce qu’elle est maintenant.

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98 - Sortie de coma.

Posté par le 6 septembre 2012 dans Bruxelles | 49 Réactions

Sortie de coma.

J’ai quitté la salle d’op en état de choc. La veille, je songeais à négocier avec le toubib la possibilité d’embarquer au bloc au moins mon compact. J’étais au top. Me la jouais caïd et zéro stress. Le reliquat me revient en flashback. Sur le billard, je me régalais encore. Je matais l’horloge et décortiquais ses tic-tac, rétif à me faufiler illico dans le black. Jusque-là, c’était correct. Je taquinais, tranquille, les membres du club. Je matais les infirmières : bonjour les infirmières ! Puis j’ai vu, comme deux chélicères, les pattes du doc convergeant...

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97 - Et attendre l’orage sur des perrons.

Posté par le 28 mai 2012 dans Piombino e dintorni | 40 Réactions

Et attendre l’orage sur des perrons.

J’ai pris cette image à Marciana Marittima durant l’été de 1987. Elle nous ramène en Toscane : c’est que je suis en train d’achever le chapitre XI des Ceneri del padre. Un tas de bonnes et de mauvaises raisons m’ont éloigné de l’écriture ces dernières semaines. Je ne sais si l’un ou l’autre de mes visiteurs espérait encore un chapitre XI. Mais là, promis, juré : si quelqu’un s’en soucie, je poste la suite avant l’été.

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96 - La môme et le carrousel (remake)

Posté par le 15 mai 2012 dans Paris | 46 Réactions

La môme et le carrousel (remake)

Lâcher prise aujourd’hui. Et se laisser aller, flotter, glisser résolument. Voir des gens et s’apercevoir que l’on a peut-être quelque chose à leur dire. Bonjour Mrs McLain ! Belle journée aujourd’hui ! Et, en l’exprimant, croire ou feindre profondément de croire que cette journée sera belle. S’inventer des mots minuscules, des envies minuscules. Se remémorer des couleurs, des saveurs et avoir envie de les éprouver à nouveau. Se souvenir aussi qu’il existe des joies non-problématiques et minuscules. Et courir, galoper, s’extasier, sauter d’un bout à l’autre...

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95 - House credibility.

Posté par le 9 avril 2012 dans Ailleurs | 61 Réactions

House credibility.

Je repense parfois à ces après-midis longs comme un dimanche que je passais à m’ennuyer à la fenêtre. Mes frères, ma sœur, emplissaient l’appartement de leurs cris d’apache. Du haut de mes dix ans, je m’estimais trop grand, trop vieux, pour me mêler à leurs jeux. J’étais ailleurs, le front et les dix doigts collés à la fenêtre. Il n’y avait pas beaucoup de passage dans la rue. Rien à épier, sinon d’autres fenêtres. Mais je redoutais terriblement ce moment fatal où quelqu’un dirait : « Et si tu sortais un peu pour profiter du soleil ? » Je n’en avais...

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94 - Avril avant l’orage.

Posté par le 31 mars 2012 dans Paris | 54 Réactions

Avril avant l’orage.

J’ai la nostalgie aujourd’hui de ces journées d’avant l’orage. Tous les jours, j’emballais mon ennui de vivre, mon inconsistance, et traçais de longs trajets approximatifs de Charonne à la Place de Clichy, de la Roquette aux Olympiades. Ce qui me motivait dans les parages ne tenait plus qu’à un fil, mais je n’étais pas supposé l’éprouver. J’avais d’autres amertumes à affronter, d’autres douleurs à questionner. Mes certitudes se logeaient dans l’esbroufe et mes incertitudes dans le refoulement. C’était une vie comme toutes les autres en somme. Une vie comme...

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93 - Dans le silence des cimetières.

Posté par le 20 mars 2012 dans Bruxelles | 25 Réactions

Dans le silence des cimetières.

Dans le silence des cimetières, je songe aux enfants qui meurent. Des enfants que l’on tue sans raison, me dis-je, mais s’il existe tout de même une raison elle est abominable et démente. Je songe aux enfants juifs de Toulouse et au monde noir et froid où l’on tue des enfants parce qu’ils n’ont pas le label local. La mort des enfants de Toulouse est un cri qui perce les croassements partisans de tous les corbeaux politiques. Un cri comme un coup de poing, qui te va droit au ventre et te lacère le cœur et te remue l’œsophage.  Un long cri qui déchire le silence des...

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