Tôt le matin, en septembre, quelques couples de retraités traînent encore sur les plages de la Mer du Nord. Les touristes ont remisé leurs bikinis, leurs bermudas, leurs chaises longues et sont retournés s’entasser dans des gares, des files d’autoroute. J’erre un peu, tout seul sous l’estacade, le moral en descente : un sale jour de ce mois de septembre où j’ai l’impression de tout perdre et de basculer. Je ne sais ce que je suis venu foutre sur cette plage : j’avais des raisons alors de me barricader chez moi et de me cacher sous une table. J’avais ce chagrin immense à questionner avant qu’il ne me maîtrise complètement. Mais cette solitude un peu fraîche et venteuse me convient. On ne sait rien de la solitude tant qu’on ne l’a pas recherchée de toutes ces forces. Alors, ce vieux couple s’encadre entre les piliers de l’estacade. Je les vois s’arrêter, s’affairer un moment, mais je demeure invisible à leurs yeux. Sans y réfléchir, je sors mon compact. Je n’avais pas même conscience de l’avoir emporté. Je cadre brièvement, je déclenche et il me semble que cela va dans le bon sens. Je sais que cette image est une image de vie. Et que je n’ai désormais plus de raison de me morfondre sous l’estacade.

  • Où : Blankenberg (Belgique).
  • Quand : Septembre 2010.
  • Appareil : Canon Ixus 100.

le 26 février 2011 | rubrique Ailleurs | 5 Réactions | Imprimer Imprimer ou Générer un PDF

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5 Réactions

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  1. 35 réactions 4-13-2011

    Magnifique. Et « plus de raison désormais de se morfondre sur l’estacade »…

    • 1238 réactions 4-13-2011

      Oh, il y a toujours une raison de se morfondre. Question d’équilibre ici aussi.

  2. 17 réactions 4-13-2011

    pas assez de temps aujourd’hui pour laisser un com sur toutes tes autres photos qui m’ont touché…mais celle-là….avec ce titre là… »notre besoin de consolation est impossible à rassasier »…

    • 1238 réactions 4-13-2011

      Très heureux que tu aies cependant trouvé le temps de me laisser une trace de ton passage, Florence. Oui, je confirme : impossible à rassasier.

  3. 33 réactions 4-20-2011

    … oui ce besoin est impossible à rassasier … mais c’est aussi pourquoi la joie parfois est si grande…
    Ton cadrage Marco en utilisant ces piliers confère un indispensable côté « instant volé » à la scène et la rend plus encore touchante.
    Quant au texte … tu fais définitivement partie de cette lignée d’auteurs qui n’ont pas peur de poser leurs tripes et le reste sur la table…

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