107 - La cinquième vie de la tarentule.
Posté par Marco le 6 mai 2013 dans Paris | 23 Réactions
Et puis, entre ciment et marbre, songe et lucidité, j’ai toujours, au bout des pattes, cette impatience de toi. Cet appétit d’éprouver tout ce que tu éprouves. Tout ce que tu fais, ce que tu dis, ce que tu penses. Et le goût de ton corps que je chaparde. Et le sel de ton corps qui me ronge la langue. Et le regret de ton corps qui se fait pédipalpe et mâchoires. Toi ! Crois-moi loin, crois-moi lâche et insensible et mauvais. Ne sache jamais que je te guette encore. Que je t’épie sans cesse, tapi dans mon trou de bave. Que je te piste – qui évolues diaphane et avide...
Lire la suite →106 - On ne cesse jamais d’aimer
Posté par Marco le 17 avril 2013 dans Paris | 47 Réactions
Un jour, tu es cet homme qui prend un café et regarde distraitement le mouvement des passants à la devanture d’un bar, rue de Rivoli. Tu n’attends rien de particulier, ni personne, ce jour-là. Tu as le temps. Tu essaies de faire le bilan. Tu te dis : On ne cesse jamais d’aimer. Il n’y a pas de raison pour que tu t’arrêtes précisément à cette idée-là, mais tu t’y arrêtes quand même. On ne cesse jamais d’aimer, évalues-tu. Quelqu’un t’a répondu un jour : « Non, on aime autrement ». Bon. Même si tu confesses avoir repris ça-et-là cette allégation à ton...
Lire la suite →105 - QUITTER PARIS.
Posté par Marco le 1 avril 2013 dans Paris | 35 Réactions
Quitter Paris. Négliger l’inaccompli, l’illusoire, le mesquin. Revenir à l’essentiel. Quitter sans rancœurs, ni remords. Quitter sans m’attarder à la colère, sans monnayer du temps, de l’énergie, au futile. Et mon seul, mon grand amour magnifique de vieil adolescent me rejoindra peut-être à l’autre bout du rail. Un hommage essentiel pour conclure. Ce blog, tu l’ignorais et t’en fichais peut-être, était à deux doigts de mettre la clé sous le paillasson. S’il a désormais un avenir, c’est grâce à mes deux frères, Lorenzo et Paolo, qui...
Lire la suite →104 - Hey, Mr Rain ! [Version 2]
Posté par Marco le 7 mars 2013 dans Paris | 28 Réactions
En parler ? Pourquoi faire ? Ici, tout se vend. Tout se joue sans cesse et se bricole et se marchande sur un coup de dé. Mais il y a dans la mémoire des envies, des élans qui ne se négocient pas. Il y a des certitudes qui sont comme un précipice où tu trembles et où tu rêves pourtant de te jeter. En parler quand même ? À quoi bon ? Cela ne console pas de confier, ne compense jamais rien de dire. Et tu l’as encaissé depuis longtemps : il n’y a pas pire solitude que la solitude à deux. Hey, Mr Rain [version 2] : à écouter ici. Hey, Mr Rain [version 1] : C’était...
Lire la suite →103 - Hey, Mr Rain ! [Version 1]
Posté par Marco le 26 février 2013 dans Paris | 40 Réactions
Elle a vieilli ma dame aux lèvres de satin. J’ai vu flotter comme un soupir, s’évanouir comme un rictus. Je ne me retourne pas. Mais j’ai senti, du cuir fané de ses cuissardes, s’élancer du souvenir, du regret, comme de grands gestes inutiles. En parler ? Pourquoi faire ? Je ne me retournerai plus, te dis-je. Elle a vieilli ma vie, ma dame aux lèvres de satin. Et lorsqu’elle se sent seule, puis lorsque tout est moche, elle se confie à l’immonde nuage de lait qui pollue son café. Hey, Mr Rain [version 1] : à écouter ici. Hey, Mr Rain [version 2] : Minute ! C’est la...
Lire la suite →102 - A l’est d’Aataentsic.
Posté par Marco le 30 janvier 2013 dans Ailleurs | 32 Réactions
Un jour, traçant sur la piste amérindienne à Weymontachie, j’ai rencontré un ours. J’étais en compagnie d’une jeune autochtone de la nation attikamekw, nommée Marie. Marie n’avait pas vingt ans et me menait par la main comme on mène un enfant, un petit vieillard. Elle me disait : regarde ici, regarde là. C’était agréable d’apprendre et de se laisser guider. Alors, l’ours a surgi devant nous et j’ai commencé à comptabiliser mes morts. Qu’est-on supposé faire lorsque l’on tombe nez à nez avec un ours ? Il était là, à dix, quinze petits pas à peine. Je...
Lire la suite →101 - Fête de l’Humanité.
Posté par Marco le 17 janvier 2013 dans Paris | 24 Réactions
Un jour, m’arrachant inopinément de rêveries apaches, j’ai relevé la présence de ces deux dormeurs devant la sortie du métro à Lamarck-Caulaincourt. Sans les voir, j’étais passé cent fois dans les parages. C’est qu’on avance parfois et on se confronte aux autres comme on se torche. Ou alors, on trace en terrain précaire, bardé de trop de colères, d’infinies certitudes. J’ai des certitudes et j’ai des colères plus vieilles que le vent et je ne me soucie plus par-moments de ce qu’elles combinent et remuent dans leur bande. L’écœurement également est une...
Lire la suite →100 - Oui (en haut et très à gauche).
Posté par Marco le 5 janvier 2013 dans Paris | 30 Réactions
Ce n’est pas parce que j’aurais – paraît-il – vaguement frôlé le sapin, ces temps-ci, que je me réjouirai davantage de prendre une année supplémentaire dans les dents. Je n’ai jamais trop capté la benoite allégresse qui agite les masses en ces périodes de fêtes. Ça doit me venir d’un vice de fabrication : je ne suis décidément pas dans l’ambiance. Ceci posé, opportuniste, je taquinerais volontiers cette belle unanimité « gangnam style » pour relancer du discours qui me tient plus à cœur. On me demandait ces jours-ci si je suis favorable à l’égalité...
Lire la suite →99 - LE CENERI DEL PADRE : 11. Mio fratello è figlio unico.
Posté par Marco le 7 novembre 2012 dans Piombino e dintorni, Projet : les cendres de mon père | 26 Réactions
Enfant, je pouvais me montrer quelquefois prépondérant et vindicatif dans mes jeux avec mes frères. J’étais l’aîné : c’est une place qui se défend chèrement. Mais je n’étais pas compétiteur. Je ne l’ai jamais été. J’ai conçu d’emblée ce que la compétition avait de mesquin et d’irresponsable. Que ça n’avait pas de sens de courir sans prendre le temps de considérer vraiment les choses et qu’on ne considère vraiment les choses qu’en se plaçant à la même hauteur que les autres. Tout môme, j’appréhendais d’instinct que c’était affaire de priorités, de valeurs. Et je sais que ce mépris juvénile de toute compétition, de toute performance individuelle, a fait de ma vie ce qu’elle est maintenant.
Lire la suite →98 - Sortie de coma.
Posté par Marco le 6 septembre 2012 dans Bruxelles | 49 Réactions
J’ai quitté la salle d’op en état de choc. La veille, je songeais à négocier avec le toubib la possibilité d’embarquer au bloc au moins mon compact. J’étais au top. Me la jouais caïd et zéro stress. Le reliquat me revient en flashback. Sur le billard, je me régalais encore. Je matais l’horloge et décortiquais ses tic-tac, rétif à me faufiler illico dans le black. Jusque-là, c’était correct. Je taquinais, tranquille, les membres du club. Je matais les infirmières : bonjour les infirmières ! Puis j’ai vu, comme deux chélicères, les pattes du doc convergeant...
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